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Helvétie, ta science fout le camp!

Keystone

Le Conseil de la science et de la technologie tire la sonnette d'alarme. Et propose neuf mesures pour stopper le déclin de la place scientifique suisse.

Depuis deux ans, le Conseil suisse de la science et de la technologie (CSST) a gagné son autonomie. Débarrassé des membres siégeant d’office et des représentants du monde politique et économique, l’organe chargé de conseiller le gouvernement sur sa politique scientifique se veut désormais réellement indépendant.

En novembre 2001 déjà, le nouveau CSST présentait un «Manifeste pour la place scientifique suisse», afin d’attirer l’attention sur son déclin à venir. Mercredi, les treize sages récidivent en présentant leurs neuf propositions à l’intention du Conseil fédéral.

Le Gouvernement planche en effet sur son Message sur l’encouragement de la formation, de la recherche et de la technologie pour les années 2004 à 2007, qui doit être soumis prochainement au Parlement.

La dernière chance

«La crise n’est pas une menace, mais une réalité, elle est déjà là», affirme d’entrée de jeu Gottfried Schatz, président du CSST. Pour le biochimiste bâlois et ses collègues, le Message à venir constitue la dernière chance de stopper le déclin menaçant la recherche suisse.

«Si la Confédération ne prend pas les mesures nécessaires pour contrer cette situation au cours des quatre prochaines années, il en résultera des dégâts dont la Suisse souffrira pendant plusieurs décennies», écrit le CSSP.

Depuis dix ans, les budgets de la science et de la recherche en Suisse stagnent, alors que d’autres pays (scandinaves notamment) n’ont pas cessé de les augmenter.

Mais l’argent n’est pas tout: selon le CSST, les universités suisses n’offrent plus aujourd’hui les conditions nécessaires à l’épanouissement de leurs meilleurs éléments qui, en conséquence, préfèrent aller poursuivre leurs recherches à l’étranger. «Si on ne sait pas provoquer la créativité, on peut très bien l’anéantir», résume Gottfried Schatz.

L’excellence avant tout

«Nos Hautes Ecoles doivent devenir des pôles d’excellence», plaide quant à elle Jane Royston, titulaire de la première chaire suisse d’entrepreneurship et d’innovation, à l’EPFL de Lausanne.

Pour cette Britannique, créatrice d’une entreprise d’informatique qui lui a valu, en 1993, le titre de «Femme d’affaires suisse de l’année», il faut abandonner le système très helvétique consistant à «donner un peu à tout le monde» et favoriser réellement l’excellence.

Et de citer les exemples américain de Stanford, au cœur de la Silicon Valley ou anglais de Cambridge, université autour de laquelle se créent des centaines d’entreprises. Exemple repris par le prix Nobel de médecine 1996, Rolf Zinkernagel, qui regrette l’absence quasi-totale de compétition entre les Hautes Ecoles suisses.

Le CSST n’en oublie pas pour autant les sciences humaines, disciplines où le nombre d’étudiants par professeur ne cesse d’augmenter, tandis que le niveau général des travaux est en chute libre. Dans ce domaine, il préconise un soutien actif, mais également la généralisation des examens en fin de première année, afin de mieux confirmer les étudiants dans leurs choix.

Reste à voir comment les politiques avaleront la pilule que leur propose le CSST. Lorsque celui-ci parle par exemple du «carcan contraignant» que constitue le fédéralisme, on imagine que celle-ci aura du mal à passer auprès des cantons, responsables de la gestion de «leurs» universités.

Une bonne base de travail

A Berne en tout cas, Charles Kleiber salue le travail du CSST comme «un bon rapport, qui exprime le voix de la science libre et responsable».

«Et sur un bon rapport, on peut travailler, poursuit le secrétaire d’Etat à la science et à la recherche. La plus grande partie des mesures préconisées seront probablement intégrées dans le futur Message au Parlement.»

Côté crédits, Charles Kleiber préférerait l’augmentation de 10% demandée par le CSST aux 6,5% que vont tenter d’obtenir Ruth Dreifuss et Pascal Couchepin. «Mais en politique, il y a ce qui est souhaitable et ce qui est possible et finançable», avertit le secrétaire d’Etat.

swissinfo/Marc-André Miserez

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