L’Europe surveille le réchauffement de la Terre
L'Agence spatiale européenne (ESA) lance, vendredi de Kourou, le satellite Envisat. La Suisse participe à l'aventure.
C’est un véritable géant que la navette Ariane-5 va mettre en orbite vendredi matin. Le nouveau satellite de l’Agence spatiale européenne (ESA), dont la Suisse fait partie, mesure dix mètres de haut, pour plus de huit tonnes au lancement. Les dimensions d’un gros camion. Qui coûterait plus de trois milliards de francs.
«C’est le plus performant, le plus complexe, le plus spécial de tous les satellites que nous avons lancés», s’enorgueillit le chef de l’information de l’ESA, Franco Bonacina. Son nom de code: Envisat, pour Environmental Satellite.
Quatorze fois le tour de la Terre
Envisat sera placé en orbite à environ 800 kilomètres d’altitude. Il fera le tour de la Terre en 100 minutes. Soit quatorze fois par jour, puisqu’il travaillera aussi de nuit. Il lui faudra ainsi trois jours pour réaliser une carte complète de la planète.
Mouvements de la croûte terrestre, inondations, coulées de boue, avalanches, tempêtes… Au total, dix instruments analyseront la planète sous toutes ses coutures. Et établiront un bilan global de sa santé.
Grâce à ces informations inédites, les scientifiques pourront mener de nouvelles recherches. Et scruter l’évolution du trou d’ozone, la montée des océans, la fonte des glaciers, l’avancée des déserts, la déforestation, la prolifération des algues…
Catastrophes naturelles
Les données recueillies permettront aussi de donner l’alerte en cas de catastrophe naturelle. Et de réaliser des cartes détaillées en cas d’inondation, de marée noire…. Autre intérêt: les phénomènes qui déclenchent, par exemple, les éruptions et les tremblements de terre pourront être étudiés de près.
Les informations fournies par le nouveau satellite pourront aussi être utilisées à des fins commerciales. Notamment pour aider les navigateurs, en leur signalant la présence d’icebergs.
L’ESA travaille à ce projet depuis une dizaine d’années. La Suisse a été impliquée aussi bien du point de vue technique que financier. Berne participe au financement de l’ESA, et donc à celui de ses projets, à hauteur de 4%.
«Outre les nombreux scientifiques suisses impliqués dans le projet, plus de 86 entreprises helvétiques y ont contribué», précise Pascal Vidard du Swiss Space Office (SSO).
Deux exemples. La société zurichoise Contraves a participé à la fabrication de deux instruments de mesure embarqués à bord. Il s’agit notamment de l’antenne d’un radar capable de fournir des données sur la topographie des océans, des terres et des glaces.
Côté lausannois, Elca informatique a collaboré au développement d’un logiciel au sol. Un ordinateur qui traitera les données en provenance du satellite.
Les Suisses impatients
La Suisse attend aussi avec impatience les informations fournies par le satellite. Et pas uniquement sa communauté scientifique. «Beaucoup de sociétés ont déjà signalé leur intérêt. Je pense notamment aux assureurs qui analysent les risques liés aux catastrophes naturelles», poursuit Pascal Vidard.
C’est dire si le lancement d’Envisat est attendu avec impatience. Mais aussi avec angoisse. «Le dernier vol d’Ariane-5 a connu des difficultés. Cette fois, nous ne pouvons pas échouer: trop d’intérêts sont en jeu. Aussi bien du point de vue technique qu’en termes de crédibilité de l’ESA», conclut le collaborateur du SSO.
Marzio Pescia et Caroline Zuercher
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