La Suisse s’ouvre au monde
C'est oui. Fini l'époque des strapontins. Les Suisses veulent être dans le monde et cesser de l'observer de loin. Ils auront leur siège à l'ONU.
Il aura fallu la photo-finish. Comme dans une interminable course sur d’étroits chemins pavés de méfiances instinctives autant que de velléités généreuses.
Même si ce n’est que de justesse, le oui crie aujourd’hui victoire. Au classement individuel comme au décompte des cantons. C’est ce que l’histoire retiendra.
On dit que la politique est d’abord l’art du possible. Et on l’entend souvent avec une pointe d’amertume, de résignation, voire de défaitisme.
Rien de tout cela dans ce vote. La décision populaire ne laisse certes transparaître aucun enthousiasme, aucune euphorie. Mais le ‘possible’ retrouve sa définition première de ‘ce qu’on peut faire aujourd’hui et qu’on ne pouvait pas faire hier’.
Beaucoup plus qu’une porte qui s’ouvre
Il faudra sans doute du temps aux Suisses pour qu’ils prennent vraiment conscience des effets de leur oui au monde. Le 3 mars 2002 leur ouvre les portes de l’Assemblée générale de l’ONU. Et celles, plus rarement mais sûrement, du Conseil de sécurité.
Ce vote donne à la communauté internationale tout entière le signal d’un pays qui entend se montrer solidaire du destin commun de l’humanité. Pour le meilleur et pour le pire.
Et cela sans autres réserves que celle d’une neutralité et d’une indépendance bien comprises. Il importe d’en engranger le bénéfice sans attendre.
De la parole aux actes
Le gouvernement suisse demandait à ses propres citoyens le droit de se faire entendre dans les plus hautes instances mondiales. Maintenant qu’il l’a obtenu, il est de sa responsabilité d’avoir une parole claire et cohérente.
Il est aussi de son devoir de ne pas se contenter d’énoncer de façon abstraite les principes de sa politique extérieure. La rhétorique fédérale doit se traduire en actes.
Le 3 mars aura aussi des conséquences sur les méthodes de travail de la diplomatie suisse. D’une manière ou d’une autre, mais avec un maximum de transparence, ses émissaires à New York devront rendre compte de leurs programmes, de leurs votes et de leurs alliances aux électeurs qui viennent de leur offrir un siège.
Ce sera la seule façon de prôner ces valeurs démocratiques dont on a assez dit pendant la campagne qu’elles faisaient défaut à l’ONU. La seule façon aussi de rassurer ceux qui ont vainement tenté d’empêcher la Suisse de devenir «le premier nouveau membre des Nations Unies du 3e millénaire».
Dans les travées de l’ONU, la Suisse devra se montrer encore plus forte et plus intègre que jamais. Tant qu’elle avait un statut d’observateur, elle était à l’abri des influences.
Dès lors qu’elle aura voix au chapitre, il lui faudra résister à toutes sortes de pressions. Même dans une assemblée de 190 États, une voix est un appui qu’il faut gagner. Et chacun, à chaque occasion, tentera désormais d’avoir aussi la Suisse comme allié.
Ce ne sera plus tout à fait comme avant
De cette journée sans nul doute historique, dans toute la plénitude du mot, on retiendra donc que les Suisses ont décidé de participer à l’organisation politique du monde. Mais qu’ils ont d’abord et avant tout opté pour un changement d’attitude.
Voulez-vous être pleinement solidaires de la planète? Voulez-vous partager les vertus et les valeurs qui font votre force avec ceux qui vous les envient? Voulez-vous en retour vous mettre à l’écoute des autres et bénéficier de leur savoir-être et de leur savoir-faire?
A ces questions, mêmes teintées d’ethnocentrisme, les Suisses, non sans hésiter, ont finalement dit oui. En d’autres temps et sous d’autres cieux, on appellerait cela une révolution.
Bernard Weissbrodt
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