Le génie génétique au secours des sols
La pollution par des métaux pourrait être éradiquée grâce aux plantes. L'Université de Neuchâtel triple le pouvoir d'extraction de certains végétaux.
La pollution des sols par les métaux lourds est problématique. Le zinc, le cuivre, le plomb ou le cadmium s’accumulent dans la terre au lieu de se décomposer.
Des plantes comme le lupin blanc extraient naturellement les métaux lourds, mais elles sont plutôt petites et leur croissance est lente. Un «nettoyage» prendrait entre vingt et quarante ans.
A Neuchâtel, les chercheurs du Pôle de recherche national (PRN) «Survie des plantes en milieux naturels et agricoles» ont tenté de donner un coup de pouce à la nature. Avec succès.
Une réflexion apparemment simple
La recherche s’appuie sur la capacité qu’ont certaines plantes à vivre dans des environnements très pauvres en matières nutritives. Lorsque le phosphate est rare, elles développent des mécanismes particuliers pour en extraire la moindre parcelle.
Ce faisant, elles enlèvent également des métaux lourds contenus dans le sol et les transportent des racines à la pousse, la partie de la plante qui sort de terre.
Il suffit alors de faucher le terrain et d’incinérer les plantes dans des fours spéciaux. Il est important que la plante soit fauchée avant la formation des graines afin d’éviter toute dispersion.
Dans deux ou trois ans
La dépollution des terrains riches en métaux lourds est d’une grande importance. Ceux-ci ne se décomposent en effet pas dans les sols et leur quantité ne fait qu’augmenter, menaçant les nappes phréatiques et d’autant plus la santé humaine.
«Assainir des sols pollués au rythme de la nature étant irréaliste, nous avons donc recours au génie génétique», explique le professeur Enrico Martinoia, le responsable du projet, qui est parvenu à tripler la capacité d’extraction des plantes.
«Notre objectif est de multiplier le pouvoir dépolluant des plantes par dix d’ici deux à trois ans, puis par cinquante. Ainsi, à terme, il sera possible d’assainir un terrain en quatre ou huit ans», prévoit Enrico Martinoia.
Perspectives pour la vigne
Les anciens sites industriels et certaines déchetteries sont les premiers visés. Mais on trouve aussi en Suisse des vignes sulfatées pendant des années avec des composés de cuivre.
Cette nouvelle technique ouvre donc des perspectives aux régions vinicoles de Suisse. Mais elle doit encore être affinée: «Avec la vigne, c’est plus compliqué, car elle a besoin de cuivre pour s’alimenter et prospérer», indique encore M. Martinoia.
Collaborer avec des pays en difficulté
Au niveau planétaire, les risques proviennent surtout du plomb, précise le chercheur neuchâtelois. Au plan international, le Pôle de recherche participe à un programme de l’Union européenne avec sept autres équipes.
Conclusion d’Enrico Martinoia: «Heureusement, la Suisse ne connaît pas de problème irréversible de pollutions des sols. Mais nos recherches pourraient être précieuses pour certains pays de l’est européen. Contaminés gravement par des métaux lourds, certaines régions se trouvent dans une situation environnementale et économique difficile.»
swissinfo/Isabelle Eichenberger
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