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Les dinos de l’Atlas

La patte avant-droite d’Atlasaurus imelakei. swissinfo.ch

En avril, une équipe scientifique internationale se trouvait à Toundout, dans le sud marocain. Objectif: un gisement de dinosaures fossiles. Reportage en 9 épisodes.

Ils sont paléontologues ou géologues. Ils viennent du Maroc bien sûr, mais aussi de Suisse, de France et des Etats-Unis. Et sont réunis à Toundout, à une soixantaine de kilomètres de Ouarzazate, dans le Haut Atlas central. L’Atlas, ce long massif montagneux qui court d’ouest en est et culmine à 4160 mètres.

Pourquoi? En 1998, un paysan du coin trouve fortuitement un os fossile, sur une pente rocheuse, juste au-dessus du village. Alertés, des scientifiques de Rabat, la capitale, viennent étudier le terrain. Pas de doute: le site semble regorger d’ossements de dinosaures. Et pas n’importe lesquels.

Le site de Toundout vient s’ajouter à une liste déjà impressionnante de «gisements»: l’Atlas est extraordinairement riche en fossiles. Les autorités marocaines décident alors de ne pas faire cavalier seul et d’appeler à la rescousse des scientifiques qui ont déjà fait leurs preuves. Sous le nom de «Dino Atlas», une convention de recherche est passée entre chercheurs marocains et étrangers pour un programme qui va durer au moins quatre ans.

Distribution prestigieuse

Côté indigène, on trouve une équipe du Service géologique national marocain, sous la direction de Najat Aquesbi. Côté étranger, le célèbre paléontologue français Philippe Taquet et son bras-droit Ronan Alain (Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris), leur non moins célèbre confrère américain Dale Russell (Center for the Exploration of the Dinosaurian World de Raleigh, en Caroline du Nord).

Et deux scientifiques suisses de haut-vol: le géologue Michel Monbaron (professeur au Département des Géosciences de l’Université de Fribourg) et Christian Meyer, spécialiste des empreintes de dinosaures (Directeur du Musée d’histoire naturelle de Bâle).

Du point de vue du financement, c’est le Maroc qui soutient l’ensemble du projet «Dino- Atlas». Mais la mission de Toundout, conduite par Philippe Taquet, est également portée par un mécène, la Fondation Ligabue, en Italie. Et la Suisse soutient ses propres chercheurs, par l’entremise des deux institutions concernées, ainsi que par le biais de la Coopération suisse.

Un précédent de taille: Atlasaurus imelakei

Michel Monbaron, Philippe Taquet, Dale Russell… Les trois hommes ont déjà eu l’occasion de s’illustrer ensemble. Rappel des faits: il y a une vingtaine d’années, le géologue suisse était en poste au Ministère marocain de l’Energie et des Mines, chargé de réaliser le relevé géologique d’une zone de l’Atlas pour la cartographier.

Il savait la région de Wawmda, sur le versant nord, riche en fossiles. Mais il ignorait qu’il allait tomber sur un dinosaure entier de plus de 15 mètres. Et que, grâce à cette énorme trouvaille, il allait donner une puissante impulsion à la paléontologie marocaine.

Il faut dire que, grâce aux recherches d’autres scientifiques – Philippe Taquet, chargé d’extraire le monstre, et Dale Russell, qui participa à son identification – on allait constater qu’il ne s’agissait pas là d’un «banal» dinosaure. Mais bien d’une espèce inconnue jusque là, un sauropode vieux de 165 millions d’années que l’on répertoria en 1999 sous le nom d’«Atlasaurus imelakei», le «saurien géant de l’Atlas». On peut voir le premier moulage de ce sauropode primitif, sorte d’«ancêtre» des diplodocus et autres brachiosaures, au Musée des Sciences de la Terre, à Rabat.

La tradition helvético-marocaine

«Depuis la moitié du 20e siècle, les géologues suisses ont constamment travaillé au sein du service géologique du Maroc, qui est réputé en Afrique. Et qui a fait un énorme travail de défrichage pour connaître les structures géologiques du pays», explique Michel Monbaron.

Et, en se souvenant de sa propre expérience, de préciser: «la cartographie géologique n’est pas faite que pour trouver des dinosaures, si prestigieux soient-ils. Le cartographe est chargé de donner un état du territoire et des possibilités qu’il y a d’y découvrir soit des ressources minérales, soit des structures qui peuvent contenir de l’eau, peut-être du pétrole… C’est donc un travail utile pour la communauté marocaine».

Mais ce printemps, c’est bien d’un gisement de dinosaures dont il s’agit. Et les espoirs des chercheurs sont immenses: il pourrait s’agir de très anciens animaux, peut-être des spécimens uniques.

Nos bagages sont faits. Rien n’a été oublié, ni la crème solaire, ni un pull chaud: en avril, dans l’Atlas, les soirées sont fraîches. Ma consœur Carole Guertler, de la rédaction germanophone, et moi-même, sommes prêts. L’avion peut décoller. Et notre feuilleton commencer.

swissinfo/Bernard Léchot

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