Les feux interdits
Sécheresse oblige, en Suisse, la fête nationale se célèbrera avec moins de fusées et de feux d’artifices.
Grâce aux pluies récentes, la Suisse alémanique assouplit les interdictions. Mais les cantons latins restent très restrictifs.
Tradition bien ancrée, la fête nationale helvétique est un savoureux mélange d’activités. Cela va des discours patriotiques aux brunchs à la ferme, en passant par le célèbre rassemblement du Grütli…. et, pour le plus grand plaisir des petits et des grands, les tirs de fusées et de feux d’artifices.
Loin des catastrophes qui touchent la France, une grande partie de la Suisse s’inquiète des risques d’incendies liés aux manipulations d’engins pyrotechniques. Petit tour d’horizon.
Visiblement, ces derniers jours, la météo a gâté la Suisse alémanique, où de belles précipitations ont de nouveau réhydraté les sols.
En conséquence, de nombreux cantons alémaniques ont d’ores et déjà assoupli l’interdiction d’allumer des feux, comme Thurgovie, Schaffhouse, Glaris, les deux Appenzell, Argovie, les deux cantons de Bâle et d’Appenzell et Uri, et la liste n’est pas exhaustive. Toutefois, l’interdiction reste de mise aux abords des forêts et près des champs.
D’autres cantons alémaniques ont rejeté toutes les responsabilités sur les communes, comme Bâle Campagne, Berne et Zurich.
A l’unanimité, tous ces cantons n’en appellent pas moins à une extrême prudence lors des manipulations d’engins.
Suisse latine frustrée
En revanche, les violents orages qui ont frappé la Suisse romande et le Tessin dimanche dernier n’ont pas changé la situation: les terres sont sèches et archi sèches…
Ainsi, huit cantons ne reviendront pas sur les interdictions prononcées ces derniers jours. Il s’agit de Genève, de Vaud, du Valais, du Jura, de Neuchâtel et de Fribourg. Accompagnés du Tessin et des Grisons.
D’une manière générale tous ces cantons ont interdit tout usage d’engins pyrotechniques par les privés, où que ce soit. Les feux de joie sont en général autorisés, dans les communes, mais sous haute surveillance des pompiers.
En ce qui concerne les spectacles pyrotechniques professionnels, par contre, la situation varie d’un endroit à l’autre.
A Genève, par exemple, «l’interdiction est générale pour tout engin pyrotechnique, y compris les feux d’artifices tirés par des professionnels», explique le chef de la sécurité civile Philippe Wassmeier. Toutefois, le grand feu des Fêtes de Genève, prévu début août sera autorisé, puisqu’il est tiré depuis des barges sur le lac.
Les autres cantons sont plus souples aux abords de l’eau. «Morat peut tirer un feu d’artifice depuis une barge sur le lac», affirme Daniel Papaux, responsable de la cellule de crise sècheresse dans le canton de Fribourg. «Mais toute manipulation de la pyrotechnie est interdite à l’intérieur des terres».
Même son de cloche du côté de Vaud, de Neuchâtel et du Valais qui autorisent les communes à tirer des feux d’artifices aux abords des lacs. Le Valais est moins restrictif puisque des feux d’artifices seront tirés à l’intérieur des terres, comme à Martigny – fief du président de la Confédération, Pascal Couchepin, qui paraît-il, est un passionné de ces spectacles….
Cela dit, entre toutes ces interdictions, la police risque de vivre une superbe pagaille en cette soirée du premier août. Ira-t-on jusqu’à mettre en prison les gamins qui lancent des fusées?
Réponse philosophe du chef de la sécurité civile de Neuchâtel, Claude Gabarel: «Il ne peut y avoir un policier par habitant, mais nous comptons plus sur la prévention et le sens civique des parents que sur la répression éventuelle de la police».
Mauvais cru pour les vendeurs et les distributeurs.
Cette situation a, bien entendu des conséquences sur les ventes d’engins pyrotechniques, quand on sait que la Suisse consomme pour environ 200 millions de francs de fusées et pétards en une année.
De son côté, Coop avoue vendre pour 5 millions de francs d’engins par année. «Cette année va être difficile, car nous avons retiré ces engins de la vente dans les cantons interdits», précise le porte-parole de l’entreprise, Charles Weisskopf. «En revanche, il est actuellement impossible de chiffrer ces pertes».
Même discours chez Migros. «La Fédération, qui ne compte pas les Migros de Bâle et Lucerne, vend pour plus de 3 millions de francs de fusées par année, explique la porte-parole Monica Waibel. Un chiffre d’affaire qui sera bien plus faible cette année».
Artificiers professionnels sous pression
Les artificiers professionnels vivent eux aussi une année difficile en raison de la sècheresse. «On s’attendait à une mauvaise année», explique Peter Zuellig, président du centre de coordination des feux d’artifices en Suisse.
Un propos largement confirmé par le professionnel romand de spectacles pyrotechniques «Pyrostars», dont le directeur, Pierre André Berretta se tire les cheveux.
Avec raison d’ailleurs: «nous avons annulé nos sept spectacles prévus ce jour de fête» affirme le directeur. Et d’ajouter:«C’est une perte sèche de plusieurs dizaine de milliers de francs ».
Même son de cloche pour la société Lacroix Ruggierri à Thonon, en France, qui tire normalement sept feux d’artifices pour le premier août en Suisse. «Pour l’heure, nous avons trois annulations, confirme le directeur Sébastien Girard-Berthet, mais des incertitudes subsistent encore pour d’autres spectacles, nous attendons.»
Pour une fois, le seul endroit où il y aura le feu, c’est au lac…
swissinfo, Jean-Louis Thomas
La Suisse latine interdit tous les engins pyrotechniques.
Exception: les feux d’artifices au bord de l’eau.
Les cantons alémaniques assouplissent les interdictions en raison des récentes pluies.
-Coup bas pour le patriotisme à l’orée du 1er août.
-Selon un sondage, seuls 4 % des Suisses connaissent l’hymne national en entier et 18 % peuvent chanter le 1er couplet. Enfin, 41 % chantonnent «Sur nos monts, quand le soleil annonce un brillant réveil».
-Près de 30 % des personnes interrogées ne connaissent pas du tout le chant patriotique, relève l’étude publiée dans la «Coop-Zeitung».
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