Les leçons d’une tournée américaine
Le groupe de scientifiques et d'hommes d'affaires suisses spécialisés dans les nanotechnologies rentre des Etats-Unis. Une semaine riche en enseignements.
Le but de cette tournée, qui a conduit la délégation à Boston, Chicago et San Francisco, était de présenter la vitrine du savoir-faire helvétique en matière de nanotechnologies. L’occasion également pour les Suisses d’échanger des idées avec leurs homologues US.
«Ce que j’ai appris ici, c’est comment les Américains sont capables de concentrer des moyens énormes sur un seul sujet», souligne Karl Höhener, directeur de Top Nano 21, une initiative soutenue par le gouvernement, et dont la vocation est de développer les recherches en nanotechnologies.
«Ce que nous avons à apprendre en Europe, et particulièrement en Suisse, c’est amener davantage de personnes à travailler ensemble sur un sujet, afin d’atteindre de meilleures masses critiques», poursuit Karl Höhener.
La Suisse n’est pas en retard
Hannes Bleuler, professeur de micro-ingénierie à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, ne nie pas l’utilité de voir de près ce que font les Américains. Mais il observe que dans le domaine des nanotechnologies, la Suisse n’a pas à rougir de son niveau de savoir-faire.
«Nous avons les ressources, d’excellentes bases scientifiques et toute l’infrastructure nécessaire», note le professeur lausannois. Selon lui, avec ses hôpitaux, son industrie pharmaceutique et biotechnologique, la Suisse a tout ce qu’il faut pour se lancer à fond dans les nanotechnologies.
Un business d’avenir
Comme beaucoup de participants à cette tournée, Heinrich Christen, de Ernst and Young à Zurich, se dit impressionné par le nombre d’investisseurs qui sont prêts à risquer de l’argent dans les nanotechnologies.
«Aux Etats-Unis, l’esprit d’entreprise est particulièrement développé, note l’homme d’affaires zurichois. Vous voyez beaucoup de personnes lancer leur start-up, faire des recherches, obtenir des fonds et développer leur entreprise. Evidemment, certaines de ces initiatives vont capoter, mais d’autres connaîtront le succès».
«En Suisse, la culture est très différente. L’échec est considéré comme un échec. Alors qu’aux Etats-Unis, on se dit: ‘il a tenté sa chance, et ça n’a pas marché’. Cela dit, les compagnies helvétiques sont très douées pour développer des produits en dehors de leur assortiment existant. Et dans ce sens, je pense que nous sommes déjà un pays innovateur», poursuit Heinrich Christen.
Des produits à créer
Martin Schadt, directeur de Rolic Technolgies, une entreprise bâloise spécialisée dans les cristaux liquides, n’est pas rentré directement en Suisse. Il retournera d’abord à Chicago et à Boston pour de nouvelles discussions avec trois collaborateurs potentiels.
Pour lui, le plus intéressant au cours de cette tournée a été de voir combien de spécialistes de domaines très différents travaillent sur les nanotechnologies. Mais Martin Schadt est également très sensible aux liens possibles entre le «nanomonde» et le monde réel.
Car pour un homme d’affaires, la plus belle des inventions de laboratoire ne devient vraiment intéressante que lorsqu’elle est vendable.
La prochaine révolution
Pour pas mal de spécialistes, les nanotechnologies pourraient apporter à l’industrie ou à la médecine (entre autres) une révolution comparable à celle qui a marqué l’irruption de l’informatique.
En travaillant sur des structures de plus en plus petites (de l’ordre du millionième de millimètre), les «nanoscientifiques» parviendront, par exemple, un jour à fabriquer des micro-robots capables de combattre les virus directement par injection dans le corps humain.
Aujourd’hui déjà, certaines applications des nanotechnologies sont utilisées couramment. Des poudres entrant dans la composition des crèmes solaires ou des peintures automobiles en passant par de nouveaux matériaux ultra-résistants pour les implants dentaires, les possibilités sont infinies.
Mais pour l’heure, l’invasion généralisée des «nanomachines» et des «nanomatières» est encore de la musique d’avenir.
swissinfo/Vincent Landon
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