Les sondages brouillent l’horizon du vote sur l’ONU
Deux sondages - réalisés quasi simultanés - affichent des résultats divergents. D'où la difficulté d'en tirer des leçons.
Il y a un mois, à deux jours d’intervalle, la radio et la TV romandes, puis la TV alémaniques publiaient chacune leur sondage d’opinion sur l’adhésion à l’ONU, avec de notables différences sur le pourcentage des oui et des non. Nouveaux sondages et même constat à la mi-janvier, à six semaines seulement de la votation.
En fait, ces recherches ont été confiées à deux instituts distincts, l’un à Lausanne (MIS-Trend), l’autre à Zurich (GfS). En décembre comme en janvier, le premier annonce un pourcentage de «oui» de 7 à 8 points supérieur aux données du second. Idem, dans le sens inverse, pour les «non».
Selon MIS-Trend, le camp du oui maintient un avantage à 57%, avec un léger recul du non. Dans les tabelles de GfS, le oui monte à 50%, soit deux points de plus qu’en décembre. Mais le non grimpe d’autant. Un point commun cependant: le oui perd du terrain en Suisse romande.
L’obstacle de la double majorité
Si la partie ne se jouait que sur la majorité des votants, on pourrait, avec toutes les réserves d’usage, entrevoir une éventuelle victoire des partisans de l’adhésion. Mais, dans le cas qui nous occupe, la majorité des 23 cantons est également et absolument requise.
De ce point de vue, et en l’absence de données cantonales, tout le monde ou presque s’accorde à dire qu’il suffirait de passer la barre des 55% des votes populaires pour assurer la victoire d’un camp ou d’un autre. Mais même cela n’est pas prouvé.
En consultant les archives fédérales, nous avons trouvé qu’en 1970, lors d’un vote où la double majorité était nécessaire, 13 cantons (sur 22 à l’époque) avaient fait capoter un projet en matière de finances fédérales alors que 55,4% des votants l’avaient pourtant accepté.
Question de méthode
Reste à trouver une explication à ces sept ou huit points d’écart entre les sondages. Chez MIS-Trend, on n’a ni certitude ni argument décisif. Contrairement à GfS, l’institut lausannois n’a pas sondé la Suisse italienne dont on pressent un «non» majoritaire. Mais cela n’aurait pas de grosse répercussion sur le résultat d’ensemble.
On pense alors à des problèmes de méthode. Il est vrai que MIS-Trend interroge les personnes de son échantillonnage indépendamment de leur volonté d’aller voter,. Alors que GfS mène explicitement sa recherche sur le bulletin que les personnes interrogées vont réellement glisser dans l’urne.
On sait aussi que les données recueillies sont différemment pondérées dans chacun des deux instituts pour les faire correspondre à l’image démographique réelle des citoyens ou aux comportements passés de l’électorat dans des consultations aux enjeux similaires.
Bref, et en attendant la troisième et ultime vague de sondages, on ne tirera aucune conclusion des chiffres annoncés cette semaine. D’ailleurs leurs auteurs s’en gardent bien. Tout au plus dira-t-on que les partisans du oui n’ont, pour l’instant, aucun vrai motif de se montrer optimistes.
Et qu’à défaut d’arguments capables de faire changer d’avis des citoyens déjà bien convaincus de ce qu’ils vont voter, seuls un gros événement international imprévisible pourrait troubler le déroulement d’une campagne assez calme.
Bernard Weissbrodt
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.