Non au café transgénique
Les grands distributeurs disent non à l'importation de café génétiquement modifié. Une décision saluée par les organisations non gouvernementales (ONG).
Cette prise de position de Coop, Migros, Mövenpick, Merkur et Starbucks fait suite à la campagne menée par Swissaid et par la Déclaration de Berne. Qui ont emboîté le pas à ActionAid.
Lancée par l’ONG britannique, cette campagne vise, en particulier, un plant de café transgénique développé par Integrated Coffee Technologies Inc (ICTI), une société de biotechnologie installée à Hawaï.
«La culture de café génétiquement modifié ne représente pas seulement un danger pour l’environnement, explique François Meienberg de la Déclaration de Berne. Elle constitue aussi, et surtout, une grande menace pour des pays producteurs déjà très pauvres, comme la Colombie et l’Ethiopie.»
Un contrôle artificiel
Plus concrètement, le café transgénique ICTI risque de priver des millions de petits travailleurs d’un emploi déjà précaire. Ceci explique cela.
Dans la culture de café transgénique, le processus de maturation de la baie du café est génétiquement bloqué. Puis, il est réactivé grâce à la vaporisation d’une substance chimique sur le plant.
Autrement dit, la société Integrated Coffee Technologies Inc (ICTI) contrôle artificiellement la production naturelle d’éthylène. Substance qui permet le mûrissement naturel d’un fruit.
L’avantage de cette méthode, c’est qu’elle permet des récoltes mécaniques et à grande échelle. Puisque les baies de café, ainsi génétiquement modifiées, mûrissent toutes au même moment et de façon uniforme.
Or, aujourd’hui, la récolte du café demande une grande main d’œuvre. Car, comme chaque baie mûrit à une période différente, elle doit être cueillie à la main.
C’est d’ailleurs pour cette raison que le 70% de la production mondiale de café est effectuée dans des petites fermes.
Des producteurs aux abois
«Il existe déjà une grave crise du café, lance Bruno Riesen, de Swissaid et président de la Fondation Max Havelaar. Le prix du café s’est littéralement effondré, entraînant de nombreux cultivateurs dans le chaos.»
Et d’ajouter: «avec l’arrivée du café trangénique, de nombreux producteurs qui ont miraculeusement échappé à la crise n’auront pas d’autre choix que de quitter leurs fermes. Pour venir grossir les bidonvilles.»
Une perspective qui ne laisse pas les grands distributeurs suisses de café indifférents. Pour preuve, la position qu’ils ont prise en décidant de ne pas vendre de café ICTI.
«Cette prise de position est un signal très fort à l’adresse de l’industrie qui travaille sur ce café transgénique, souligne Bruno Riesen. Concrètement, Il signifie que tout ce qui est possible sur le plan technologique n’est pas forcément bon.»
Un message bien compris. Par Coop notamment. «Nous prescrivons, affirme son porte-parole Jörg Birnstiel, des directives strictes concernant les produits transgéniques. Et nous sommes très conscients des conséquences sociales et environnementales que leur utilisation peut engendrer.»
Même son de cloche du côté de la direction de Starbucks. Qui se déclare, en l’occurrence, sur la même longueur d’onde que Swissaid et la Déclaration de Berne.
Un commerce équitable
Par ailleurs, pour renforcer leur campagne, les deux ONG encouragent les consommateurs suisses à acheter du café issu des filières du commerce équitable. A l’instar du café proposé par la Fondation Max Havelaar qui soutient les petits producteurs.
Mieux, pour que ces producteurs puissent améliorer leur niveau de vie d’une façon durable, Swissaid et la Déclaration de Berne invitent aussi les grands distributeurs à mettre leurs cafés sur leurs rayons.
Coop et Migros le font déjà. Merkur devrait bientôt leur emboîter le pas. Et Starbucks affirme vouloir les imiter.
Un effet boule de neige qui pourrait emporter l’adhésion des plus petits distributeurs de café tels que ABM, Denner et Passaggio qui demeurent muets sur la question. C’est du moins ce qu’espèrent Swissaid et la Déclaration de Berne.
swissinfo/ Roy Probert
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