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ONU: le premier rendez-vous après le oui suisse

Dans les bidonvilles de Monterrey, au Mexique. Keystone

Monterrey accueille une grande conférence sur le développement. Pour la Suisse, c'est le premier rendez-vous mondial après son oui à l'ONU.

Joseph Deiss, le ministre suisse des affaires étrangères, a peut-être, dans son agenda, souligné plusieurs fois ce rendez-vous de Monterrey. C’est là qu’il aura en tout cas le plaisir d’annoncer à un parterre de chefs d’État et de gouvernement que son pays a décidé d’entrer aux Nations Unies.

Le cadre lui sera peut-être propice, car il s’agit d’une conférence de très haut niveau, convoquée par l’ONU pour traiter d’un meilleur financement du développement des pays pauvres. Joseph Deiss pourra rappeler que la Suisse n’a pas attendu le 3 mars pour pratiquer la solidarité internationale, même si elle peut faire mieux. Beaucoup mieux, disent certains.

L’idéal et le possible

Le document de base de la Conférence, baptisé «Consensus de Monterrey», ne sera pas discuté. On parlera certes ici et là de réduire la pauvreté et d’augmenter l’aide au développement. Mais pas question pour les États de renégocier le texte. Ce sera donc un sommet sans surprises.

Voilà qui explique pourquoi Monterrey a suscité la controverse avant même son ouverture. Un grand nombre d’ONG parlent d’échec programmé. «C’est un papier mou, avec plein de mots gentils, mais sans aucune obligation, sans aucun engagement», nous déclare Bruno Gurtner, porte-parole de la Communauté de travail des organisations suisses d’entraide.

Une opinion que ne partage de loin pas Remo Gautschi, directeur suppléant de la coopération suisse (DDC) et bras droit de Joseph Deiss dans la délégation à Monterrey: «nous y allons, nous dit-il, avec une attitude réaliste et positive, pour essayer de tirer le meilleur parti du consensus existant».

Il dit comprendre les ONG suisses qui se font les avocats des pays en développement et qui ont raison d’être ambitieuses. Il ne cache pas non plus qu’il aimerait bien, personnellement, que la Suisse se fixe un objectif d’aide supérieur au 0,4% du PNB programmé pour l’an 2010.

Mais on devine à travers ses propos que, dans la coopération au développement comme ailleurs, la politique reste l’art du possible. Remo Gautschi, lui, préfère donc regarder le bon côté des choses: «la Suisse se situe dans la bonne moyenne des pourcentages de l’aide européenne».

Le public et le privé

Selon la Déclaration de Berne, une ONG suisse engagée dans les questions du développement, «le monde n’a pas besoin de sponsoring privé de l’aide au développement, mais de règles contraignantes qui donnent des droits aux pauvres et qui instituent des flux financiers durables».

Au ‘seco’, le Secrétariat d’État à l’économie, on rejette vivement ce genre d’argument. «Il faut bien se rendre compte, nous dit Christian Huber, l’un de ses porte-parole, que l’argent de l’État ne suffit plus à financer les projets de développement. Et qu’on a donc besoin de nouvelles ressources.»

C’est cette conviction qui a amené les experts du ‘seco’ à se montrer très actifs, dans les longs préliminaires de la Conférence, sur l’encouragement et la mobilisation des ressources privées internationales, sous forme d’investissements étrangers directs, notamment.

Avec quelques garde-fous, précise Christian Huber, «pour que le secteur privé ne profite pas de la vulnérabilité de certains pays». Étant entendu aussi que le privé ne fait pas dans la charité, qu’il doit certes tirer profit de son activité, mais que ses investissements devraient avoir aussi un réel impact sur le développement des populations concernées.

Ce qui fait dire à Remo Gautschi «qu’on ne voit pas pourquoi ce qui marche en Suisse, dans la coopération entre le public et le privé, ne pourrait pas marcher dans les pays en développement».

Rendre l’aide plus efficace

Pour la délégation suisse, Monterrey devrait donc servir avant tout à augmenter l’efficacité de l’aide au développement. C’est l’objectif que le ‘seco’ privilégie à travers son programme de coopération économique.

Pour cela, il met la priorité sur l’amélioration du cadre économique général des pays qui bénéficient de son appui, sur le développement de leur savoir-faire, sur l’aménagement d’infrastructures productives et sociales ou sur l’initiation à la négociation dans les hauts-lieux du commerce international.

Voilà ce dont la Suisse parlera dans la Conférence. Ce qui ne satisfait qu’à moitié Bruno Gurtner: «la Suisse a limité son rôle à dire ce qu’elle fait concrètement dans la coopération internationale, mais elle n’a fait aucune autre proposition substantielle».

Tous sont néanmoins conscients que le rendez-vous de Monterrey aura des répercussions positives ou négatives sur une autre grande Conférence, celle qui se tiendra en automne à Johannesburg sur le développement durable. Car comment parler de projets nouveaux sans argent supplémentaire?

Réponse optimiste avec Remo Gautschi: «si l’on arrive à mettre en pratique ce qu’il y a dans le consensus de Monterrey, c’est déjà pas mal». A quoi Bruno Gurtner rétorque que «Monterrey ne permettra pas une percée planétaire contre la pauvreté».

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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