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Un métier nouveau pour découvrir la montagne

Avec l'accompagnateur, vous n'irez pas plus haut. Il ne s'agit pas d'un guide, qui lui vous emmène au sommet. Keystone Archive

La montagne, c'est quelque chose qui s'apprend. Et pour aider cette découverte, un nouveau métier est né en Suisse: l'accompagnateur en montagne.

L’homo helveticus a longtemps donné l’impression qu’il savait tout de la montagne, qu’il savait s’y déplacer tout seul, qu’il n’avait plus rien à découvrir, et que de toute façon il avait, quelque part dans une vallée ou sur un alpage, un cousin prêt à lui faire goûter un bon fromage. Allez voir!

Une bonne thérapie

Madeleine Wiget était tellement convaincue de la fausseté de cette image qu’elle a été l’une des premières à mettre en place en Suisse un cycle de formation à l’intention de ceux et celles qui justement veulent aider citadins et gens de la plaine à découvrir ce qui se cache derrière la carte postale alpine.

Elle-même médecin, elle savait aussi que la marche en montagne constituait l’une des meilleures thérapies préventives: «profiter de la nature, nous dit-elle, c’est bon pour l’esprit, le cœur, les poumons, l’appareil locomoteur.»

«Cela suppose, au début, qu’on adapte son corps à la pente. Mais à partir du moment où quelqu’un commence à observer les gens et le milieu naturel, il va aussi s’observer lui-même et tenter d’améliorer sa propre qualité de vie.»

Des passeurs de cols

L’accompagnateur en montagne – ce métier que la Suisse découvre bien plus tard que d’autres pays mais que le Valais honore désormais d’un brevet officiel – veut donc répondre à une nouvelle demande. Celle de touristes, suisses ou étrangers, qui désirent être accompagnés sur les sentiers, découvrir la faune, la flore, la géologie, les coutumes locales, etc.

Contrairement au guide, qui emmène ses clients vers les sommets, l’accompagnateur ne recourt à aucun moyen technique, ni piolets, ni crampons. Son domaine d’action s’arrête là où les équipements d’escalade ou de glacier deviennent nécessaires.

Bernard Crettaz, ancien conservateur au Musée d’ethnographie de Genève, qui participe à la formation des futurs accompagnateurs en montagne, aime paraît-il leur dire qu’ils sont des «passeurs de cols» et qu’ils tissent des liens d’une vallée à l’autre. Ou encore qu’ils sont des «médiateurs entre le citadin et le montagnard».

Préjugés et malentendus

C’est vrai que de ce point de vue, l’histoire des relations entre la plaine et la montagne est parsemée de préjugés et de malentendus. Longtemps, se souvient Madeleine Wiget, «les gens des villes ont pensé que du moment qu’on habitait à la montagne, on était en vacances toute l’année!»

A l’époque des premières installations de sports d’hiver, raconte-t-elle, les gens du village étaient très chaleureux envers les touristes: ils leur ouvraient leur cave, leur offraient à boire et à manger. Au point que les citadins ont cru que tout cela leur était dû.

«Ils avaient l’impression que ça faisait partie du forfait touristique que de rentrer chez les gens à l’improviste et d’ouvrir la porte des maisons. Ils pensaient aussi que la montagne était un endroit à tout le monde.»

Ce qui explique qu’à un moment donné, le ras-le-bol des montagnards s’est traduit par une sorte de rejet du tourisme. Aujourd’hui, constate Madeleine Wiget, «ça revient, on se dit qu’il faut essayer de comprendre aussi pourquoi les gens viennent à la montagne.»

Découvrir, pas consommer

«Les touristes eux-mêmes évoluent, ils ne viennent plus seulement pour consommer des remontées mécaniques ou du paysage, ils ont envie de connaître les gens, leurs habitudes, le pourquoi des choses, envie de prendre du temps et de discuter avec l’homme qui fait la raclette».

Ils découvrent, entre autres, que la solidarité existe toujours. Quoi qu’on en dise. Dans ce Val d’Anniviers, en Valais, où Madeleine Wiget vit depuis 30 ans, «l’environnement est dur, du point de vue du climat ou des pentes qui forment le caractère; les gens sont un peu aigus comme leurs montagnes. Mais quand il s’agit, dans un village, de résoudre un problème personnel, on peut compter sur la solidarité, c’est ça la montagne pour moi.»

swissinfo/Bernard Weissbrodt

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