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Peter Tschopp, professeur à la Faculté des sciences économiques et sociales de l'université de Genève. www.bscc.co.uk

L'entrée de la Suisse à l'ONU pourrait offrir une nouvelle vocation à l'Institut universitaire de hautes études internationales. Interview de son directeur.

En 1998, suite à un imbroglio politico-académique, l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève (HEI) se retrouve sans directeur.

Il se tourne alors vers Peter Tschopp, professeur à la Faculté des sciences économiques et sociales de l’université de Genève, dont il avait été jadis le doyen.

Ce ne devait être qu’une tâche de transition, rappelle celui qui, à cette époque, voulait se retirer pour mieux se consacrer à ses tâches de parlementaire fédéral. Finalement, la transition aura duré quatre ans.

Il faut maintenant trouver un nouveau directeur. Avec un bail de dix ans, dit Peter Tschopp, qui remettra les clefs de la maison à son successeur en octobre.

En attendant, Peter Tschopp a plutôt le cœur à la fête. Celle qui marque, cette semaine, les 75 ans d’existence de l’Institut.

Il s’est confié à swissinfo, au cœur de l’institution, la célèbre Villa Barton, sise à quelques enjambées des rives genevoises du Lac Léman.

swissinfo: Peter Tschopp, HEI fête ses 75 ans en même temps que la Suisse prépare son entrée à l’ONU. Avec quelles conséquences pour l’Institut?

Peter Tschopp: «La Suisse a toujours su jouer un rôle international disproportionné compte tenu de sa force démographique. Après le vote positif du 3 mars sur l’adhésion à l’ONU, la Suisse a de nouvelles ambitions.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas fédéraliser HEI et en faire un organisme annexe de l’École polytechnique fédérale? Pourquoi le contribuable genevois payerait-il 60% des frais de cette institution vouée aux relations internationales qui, elles, sont de l’affaire de la Confédération?

Qu’est-ce que la Suisse peut offrir de mieux en guise de cadeau ou de droit d’entrée dans la grande famille des Nations Unies? Les bons offices? Non, ça c’est du passé.

Par contre, elle peut offrir des bons offices ‘à retardement’, c’est-à-dire la formation des élites internationales de demain.

HEI doit donc rester fidèle à lui-même. Mais, vu que la Confédération est aujourd’hui obligée de redéfinir sa politique extérieure, Berne devrait se demander si elle fait tout ce qu’elle peut pour cette institution.»

Dans la monographie publiée pour ce 75e anniversaire, vous dites que l’Institut est capable du meilleur. A quoi pensez-vous?

P.T.: «HEI a été créé en 1927 comme une sorte de référence académique et morale de la Société des Nations dont la Suisse était membre. Le meilleur, l’Institut l’a toujours donné lorsqu’il était un recours.

Par exemple, ici même, dans ce salon d’apparat de la Villa Barton, en 1941, c’est-à-dire avant bien d’autres, le professeur Paul Guggenheim a discuté de l’Holocauste avec William Rappard, l’un des deux fondateurs de l’Institut. Il en est ressorti une lettre à l’attention de Pilet-Golaz, à l’époque ministre suisse des Affaires étrangères.

C’est cela ce que j’appelle le meilleur de l’institution: nous avons un réseau à travers nos intellectuels, nous avons de l’information privilégiée et nous l’utilisons de temps en temps.

Il y a aussi le moins bon et des crises, dites-vous, que HEI traverse avec une curieuse régularité. A quoi tiennent-elles?

P.T.: «Comme toutes les institutions vouées à l’étude ou à la pratique des relations internationales, HEI a été complètement désécurisé. On s’était installé dans la guerre froide, ce qui était assez commode. Avec, comme dans les westerns, des bons et des méchants, selon le point de vue. Mais il y avait une grande stabilité.

Maintenant les structures éclatent et cela nous est pesant. Regardez les entreprises multinationales, elles ont beaucoup plus de pouvoir que la majorité des pays, et surtout qu’un petit pays comme la Suisse.»

Vous dites que le défi de HEI, c’est précisément aujourd’hui d’affronter ce monde en transition…

P.T.: «Oui, et c’est pour cela, par exemple, que nous avons choisi la globalisation comme thème porteur du 75e anniversaire. Nous voulons plus que jamais être un lieu de réflexion et d’enseignement. Un endroit neutre, dans le bon sens du terme, qui ne soit inféodé ni à l’Union européenne, ni aux États-Unis, ni à qui que ce soit…

Nous avons un rôle central à jouer, non comme une école professionnelle, mais comme une petite université qui assure la relève des acteurs de la politique internationale de demain. Peu importe qu’il s’agisse de serviteurs d’États, de structures régionales ou d’entreprises multinationales. Cela, si j’ose dire, c’est vraiment notre fond de commerce et ce dont nous sommes vraiment fiers.»

Mais HEI n’est plus la seule institution académique à vouloir relever le défi de la mondialisation. Va-t-il se redéfinir autrement?

P.T.: «Je ne crois pas. Il est absolument fondamental que nous poursuivions notre ligne et qu’on ne change pas trop de cap.

Il y a ceux qui pensent que HEI doit rester une institution universitaire et qu’elle n’est pas ‘instrumentalisable’. Certains veulent aussi nous transformer en ‘think tank’ ou en outil de travail à l’américaine. Mais je réponds toujours que nous ne sommes ni une station d’essence ni un distributeur automatique.

Nous souffrons aussi de la concurrence locale, à commencer par l’université de Genève qui prétend qu’on lui ‘pompe’ ses meilleurs étudiants. Il y a Saint-Gall, il y a l’École polytechnique fédérale de Zurich.

Bref, tout le monde est en train de faire son affaire de l’extraordinaire explosion des relations internationales qui va de pair avec la globalisation. Nous, nous essayons de travailler avec des moyens relativement faibles. Mais nous nous donnons de la peine dans cette petite ligue des dix à vingt écoles de ce type vraiment reconnues internationalement.»

L’environnement immédiat de l’Institut, c’est la Genève internationale. Pour HEI, est-ce toujours un terrain d’observation privilégié?

P.T.: «Dans les dix prochaines années, HEI devra surtout s’ouvrir aux ONG et aux organisations économiques extrêmement puissantes. Les anciens auront alors l’occasion de se montrer jaloux des nouveaux acteurs de la vie internationale.

Les Ospel, Vasella et Ackermann, pour ne citer que quelques grands noms de l’économie suisse, sont désormais bien plus connus à l’étranger que les ministres Deiss et Schmid, voire Adolf Ogi aujourd’hui conseiller spécial de Kofi Annan.

Nous devons donc nous adapter à la nouvelle donne. Et nous le faisons de deux manières. En rajeunissant notre corps professoral quand l’occasion nous en est donnée. Et en changeant aussi nos relations institutionnelles.

C’est pour cela que nous avons créé par exemple le Réseau universitaire international de Genève. Il démarre assez bien. C’est même aujourd’hui la seule entité où les organisations internationales détiennent la majorité des sièges du conseil de fondation.»

swissinfo/Propos recueillis à Genève par Bernard Weissbrodt

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