Une carte génétique encore très imprécise
Telle que publiée jeudi, la carte du génome du riz n'est encore que le brouillon de la première étape d'un travail de titan. Qui en comporte trois.
«Imaginez l’information génétique (ou l’ADN) sous forme d’un collier de perles, explique Francis Quétier, directeur-adjoint du Genoscope, le Centre national français de séquençage génétique. Pour le riz, comme pour l’homme ou pour toute autre espèce vivante, ces perles ne sont que de quatre couleurs différentes».
«Grâce à cela, le séquençage est donc une opération assez simple, poursuit le généticien. Il suffit de dérouler le collier et de noter au fur et à mesure les couleurs rencontrées. Le problème est que ce collier est très long. Ainsi, pour le riz, nous avons 430 millions de perles!»
Mais le séquençage n’est que la première étape de la cartographie du génome. D’ailleurs, celui qui vient d’être publié n’est même pas complet. Comme dans le cas du génome humain, on parle ici de «version brouillon», puisque il y subsiste des dizaines de milliers de trous.
Il faudra encore des années
Ensuite, vient le travail dit de notation. Il s’agit, ici, d’identifier où commencent et où finissent les différents gènes. «Les méthodes actuelles ne nous autorisent qu’une précision à 80%. Et le travail est long et cher», note Francis Quétier.
Mais, même une fois cette notation achevée, les généticiens ne sont pas au bout de leurs peines. Il faut ensuite déterminer à quoi sert chaque gène. C’est ce que l’on nomme l’identification fonctionnelle.
Sans se risquer à des prévisions plus précises, Francis Quétier estime qu’il faudra «des années» avant que cette troisième étape ne soit achevée.
L’homme est plus complexe que le riz
La fonction des gènes est de donner le «plan de montage» des protéines qui composent tout organisme vivant. Dans cette perspective, l’orgueil humain risque d’en prendre un sacré coup en découvrant que le riz a peut-être 50’000 à 60’000 gènes, alors que notre propre espèce n’en aurait que 30’000 à 40’000.
«L’idée qui voudrait que la complexité d’un organisme soit déterminée par le nombre de ses gènes est totalement fausse, rectifie Francis Quétier. Nous savons, depuis peu, que chaque gène est capable de produire plusieurs protéines.»
«De plus, poursuit le directeur-adjoint du Genoscope, ces protéines savent aussi se combiner entre elles. Et c’est bien le nombre de protéines qui fait la complexité d’un organisme.»
Les manipulations sont vieilles comme le monde
La route est encore longue. Mais cette première étape de la compréhension du génome du riz ouvre déjà de sérieuses perspectives d’amélioration de la plante.
Grâce aux connaissances acquises, il deviendra bientôt possible de créer des espèces à croissance plus rapide, plus résistantes ou plus riches en éléments nutritifs.
Francis Quétier n’est pas effrayé par ces perspectives de manipulations génétiques. Il rappelle que l’homme a appris à croiser des espèces depuis qu’il pratique l’agriculture et l’élevage.
«C’est vrai, admet toutefois le scientifique, jusqu’ici on a manipulé beaucoup plus vite et beaucoup plus efficacement que l’on a réfléchi aux conséquences de ces manipulations. Mais tant que les précautions nécessaires sont prises, je n’ai pas de raisons d’être inquiet.»
Et Francis Quétier de citer les expériences qui visent à produire des plantes plus résistantes ou à croissance plus rapide. «Ces recherches se font depuis longtemps par sélection d’espèces, et dans un cadre tout à fait légal, conclut le généticien. Ceux qui craignent les nouvelles méthodes mélangent, à mon avis, allègrement les genres.»
swissinfo/Marc-André Miserez
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