Austérité: deux économistes corrigent une étude controversée
(Keystone-ATS) Deux économistes de Harvard, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, ont publié une correction à leur étude controversée sur l’impact de la dette publique sur la croissance, après la mise au jour d’erreurs. Leurs conclusions restent valables néanmoins, selon eux.
Leur étude de 2010, qui concluait qu’une dette élevée dans les pays riches s’accompagnait nécessairement d’une récession, avait été remise en cause après qu’un étudiant en économétrie de l’Université Amherst du Massachusetts eut décelé des erreurs de méthode statistique.
Trois chercheurs de cette université avaient conséquemment publié des travaux contestant les conclusions de l’étude, notant des erreurs de calcul, l’omission des données de certains pays dans l’étude et accusant les auteurs de faire faussement l’apologie de l’austérité.
Dans leur erratum publié cette semaine, les auteurs corrigent une série d’erreurs de codage dans leurs tableaux statistiques et rétablissent des données concernant l’Espagne et la Nouvelle- Zélande, sans pour autant remettre en cause les conclusions générales de leur étude.
En 2010, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient conclu que les périodes où la dette publique des pays riches avait dépassé 90% de leur produit intérieur brut correspondaient à une forte chute de l’activité économique et pour les pays considérés à des récessions de l’ordre de -0,1%.
Perte de croissance
Dans leur nouvelle étude, qui ajoute notamment les données de nouveaux pays, la conclusion est que la croissance médiane chute de 2,8% à 1,8% dans ce cas. Mais les auteurs soulignent que, quelle que soit la façon dont on prend les données, on aboutit à une perte de croissance importante.
Dans leur note corrective, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff disent «être complètement d’accord» avec les commentaires de leurs critiques sur «l’expérience d’une croissance volatile et irrégulière après la Seconde Guerre mondiale». Mais «le problème est que leur discussion ignore complètement notre travail plus tardif qui touchait ce problème», soulignent-ils.
Les nouvelles données publiées permettent toutefois de contester que la barre de l’endettement de 90% du PIB soit une limite sacro-sainte après laquelle la croissance s’effondrerait brutalement.