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«Adieu, merci la Suisse»: Après l’expatriation, le défi du retour en Suisse

3 femmes dans un studio d'enregistrement
Selon l'experte en mobilité internationale Laetitia Papilloud (à droite), interrogée par les journalistes de Swissinfo Emilie Ridard (à gauche) et Camille Kündig (au centre), les expatriés de retour en Suisse minimisent souvent le choc culturel qui les attend. SWI swissinfo.ch

Et si rentrer au pays n'était pas aussi simple qu'on le pense? Après plusieurs années à l'étranger, nombre de Suisses découvrent qu’un retour dans leur patrie d’origine s'accompagne de défis culturels et administratifs parfois inattendus. Dans cet épisode de notre podcast «Adieu, merci la Suisse», l’experte Laetitia Papilloud et la Suissesse Noémie Pont-Dabronyi décryptent les réalités d'une étape souvent sous-estimée du parcours d'expatriation.

Autrefois, l’expatriation était souvent synonyme d’une vie entière passée à l’étranger. Aujourd’hui, cette réalité a changé: les statistiques montrent que de plus en plus de Suisses reviennent au pays après seulement quelques années hors de ses frontières. En 2025, quelque 23’000Lien externe Helvètes sont ainsi revenus s’installer en Suisse.

Pourtant, même un séjour relativement court peut suffire à adopter une nouvelle culture, un autre mode de vie et de nouveaux repères. Au retour, certains découvrent avec surprise un sentiment de dépaysement dans leur propre pays.

On parle alors de choc culturel inversé. «Les Suisses de retour après une expatriation le sous-estiment souvent», déclare Laetitia Papilloud, gérante d’une agence de mobilité internationale. Après l’enthousiasme initial, les personnes peuvent traverser une période plus difficile, marquée par la prise de conscience que leur environnement a évolué. Pour l’experte, le défi consiste à ce moment-là à «accepter cette période d’euphorie, généralement suivie d’une phase d’abattement».

Le retour implique aussi une forme de deuil du pays que l’on vient de quitter, où l’on a construit une partie de sa vie, avec des amis, des habitudes, un emploi.

Plongez dans notre podcast audio et vidéo et explorez avec nous les multiples facettes de l’expatriation et de la vie à l’étranger. Disponible aussi en suisse allemand. Pour toutes celles et ceux qui ont déjà sauté le pas ou l’envisagent.

Une identité changée

Une fois le choc culturel inversé passé, il n’est pas rare que les Suisses de retour de l’étranger s’interrogent sur leur identité et ressentent un décalage avec leur entourage.

«Beaucoup de gens me voient comme lorsque je suis partie, à 20 ans. Entre-temps, j’en ai passé 35. Dans tous les cas, j’ai évolué. Mais en plus, j’ai évolué dans un autre pays», témoigne Noémie Pont-Dabronyi, qui a passé 12 ans au Canada, avant de revenir s’installer en Suisse en 2022.

>> Visionnez l’épisode entier:

0:00 Retour au pays: introduction et défis

5:54 Le choc culturel inversé

10:29 Retrouver les siens en ayant changé

13:10 Identité hybride et deuil du pays quitté

19:44 Enfants, école et démarches administratives en Suisse

25:46 La chanson de l’invitée

28:06 Budget, paperasse du retour et 26 cantons suisses

31:00 Les difficultés de la recherche d’emploi en Suisse

35:22 Nostalgie et acceptation du changement

40:30 Trois conseils pour que le retour se passe bien

42:13 Abonnement et WhatsApp pour nous écrire

Comme le souligne Laetitia Papilloud, le quotidien de la famille et des amis de Suisse reste souvent semblable, tandis que les personnes qui rentrent reviennent fortes d’une expérience qui les a transformées: «On n’est plus la même personne. C’est nous, mais avec des codes un peu différents, des habitudes différentes».

Ce décalage peut rendre le retour émotionnellement éprouvant. «Il y a des jours où c’est plus dur, indique Noémie Pont-Dabronyi, notamment lorsque l’on tente de faire le deuil de son ancienne vie tout en répondant à l’enthousiasme de ceux qui se réjouissent de notre retour».

Selon Laetitia Papilloud, l’enjeu est de parvenir à combiner ce que l’on a acquis dans le pays où l’on était avec sa nouvelle vie en Suisse, afin de «trouver sa nouvelle identité».

Laetitia Papilloud
Laetitia Papilloud co-dirige une agence spécialisée dans la mobilité internationale. Welcome Service

Des démarches inconnues

Aux ascenseurs émotionnels d’un retour se greffent les défis administratifs et d’organisation familiale.

Pour les familles, l’enjeu consiste notamment à accompagner leurs enfants dans cette transition. Comme le rappelle Laetitia Papilloud, si les parents ont le sentiment de «rentrer chez eux», les enfants peuvent être nés à l’étranger et n’avoir jamais vécu en Suisse. Il s’agit alors pour eux de quitter le pays dans lequel ils ont grandi jusqu’au déménagement en Suisse.

À cela s’ajoutent les démarches administratives. Selon l’experte, les Suisses ayant vécu longtemps à l’étranger n’ont parfois «jamais dû faire face aux défis administratifs» liés à l’assurance maladie, à la fiscalité ou à d’autres formalités, si bien que ces procédures peuvent rapidement «prendre beaucoup d’ampleur, parce qu’elles sont toutes à gérer en même temps». Une complexité encore renforcée par le système fédéral suisse: «26 cantons, c’est 26 fonctionnements différents», souligne-t-elle.

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Noémie Pont-Dabronyi met également en lumière l’ampleur logistique que peut représenter un retour après plusieurs années à l’étranger: «Je suis partie toute seule avec deux valises, nous sommes revenus à quatre avec beaucoup plus».

Pour ses démarches administratives, la Suissesse a pu compter sur le soutien de ses parents. Elle n’a malgré tout pas été en mesure d’anticiper toutes les formalités. «Nous avons fait un budget approximatif. La première année en Suisse nous a permis d’avoir une vue d’ensemble des factures qui tombent et d’ajuster en conséquence», indique-t-elle.

«Pas assez suisse»

Pour Noémie Pont-Dabronyi, la plus grosse difficulté a été de trouver un emploi. Elle a commencé ses recherches depuis le Canada, mais a essuyé plusieurs refus, au motif qu’elle n’était pas encore en Suisse.

une femme
Noémie Pont-Dabronyi est partie au Canada pour ses études et y est finalement restée 12 ans avant de revenir en Suisse. N.P.-D.

Elle raconte avoir été confrontée à une forme de décalage entre l’expérience acquise à l’étranger et les attentes des employeurs suisses: «Alors que j’ai travaillé pour des entreprises suisses au Canada, notamment le consulat suisse à Montréal, on m’a parfois dit que je n’étais pas assez suisse ou que je n’avais pas assez d’expérience suisse».

Cette situation a entraîné des répercussions sur son estime de soi. «J’ai eu l’impression que mon expérience n’était finalement pas très intéressante en Suisse», déclare Noémie Pont-Dabronyi, ajoutant que cette remise en question l’a «beaucoup affectée» et qu’il lui a fallu du temps pour se reconstruire.

«Les Suisses de l’étranger sont en concurrence avec un vivier de personnes qui ont une expérience internationale et sont déjà présentes sur le marché suisse de l’emploi», avertit Laetitia Papilloud. Pour l’experte, la valorisation d’un parcours international dépend surtout du secteur et du contexte professionnel.

Accepter le manque

Noémie Pont-Dabronyi s’est réinstallée en Suisse il y a quatre ans et y a depuis retrouvé ses marques. Avec le recul dont elle dispose aujourd’hui, elle estime que le plus grand défi auquel elle a été confrontée a finalement été d’accepter qu’elle a désormais «deux maisons, et qu’il y en aura toujours une qui [lui] manque».

Laetitia Papilloud abonde: «Les personnes de retour se retrouvent souvent tiraillées entre leur identité suisse et les repères acquis dans leur pays d’accueil». Selon l’experte, l’enjeu n’est pas de choisir, mais, au contraire, d’apprendre à vivre avec ces deux identités. «Il faut parvenir à combiner les deux pour en faire la personne qu’on est aujourd’hui», conclut-elle.

>> Quelles chansons vous font penser à la Suisse? Nous réunissons les morceaux que vous et nos hôtes associez à la Suisse et les ajoutons à notre playlist «Heimweh/mal du pays». Votre chanson n’y figure pas? Envoyez-la-nous à l’adresse swissabroad@swissinfo.ch.

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Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg

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