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Crimes de guerre: "C'est facile de nous juger 20 ans après"

Le procès d'un Libérien accusé de crimes de guerre a repris lundi devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone (archives). KEYSTONE/PABLO GIANINAZZI sda-ats
Ce contenu a été publié le 07 décembre 2020 - 17:15
(Keystone-ATS)

Le procès d'un Libérien accusé de crimes de guerre a repris lundi devant le Tribunal pénal fédéral. Cet ancien commandant a été interrogé sur ses actions durant la première guerre civile dans son pays. L'audience reprendra mardi avec les questions de la défense.

Le président de la Cour des affaires pénales, Jean-Luc Bacher, a interrogé Alieu Kosiah sur son rôle au sein de la faction ULIMO (United Liberation Movement of Liberia for Democracy) et sur les griefs retenus contre lui entre 1993 et 1995. Le juge s'est impatienté à plusieurs reprises face aux longues réponses et nombreuses digressions du prévenu.

S'exprimant en "liberian english", Alieu Kosiah est revenu à plusieurs reprises sur le contexte. "Il est facile de nous juger 20 ans après, a-t-il lancé. Les Mandingos étaient massacrés au Liberia. Nous avons fui en Sierra Leone. Nous y avons aussi été massacrés. Le seul choix était de nous jeter à la mer ou de combattre. La Suisse n'est pas venue alors à notre secours."

Faisant allusion à son arrestation en 2014, l'accusé a estimé qu'il avait été "kidnappé" en Suisse et qu'il y était "séquestré" depuis six ans.

Aucune implication

Sommé de s'expliquer sur les différentes accusations, le prévenu a nié toute implication, affirmant qu'il était absent, contestant les faits ou parlant de "mensonges". Il a invoqué aussi des trous de mémoire concernant sa présence dans le comté de Lofa, entre 1993 et 1995.

Ainsi, Alieu Kosiah a contesté l'enrôlement, début 1993, d'un enfant-soldat âgé de 12 ans. Celui-ci se serait trouvé dans un lieu abandonné par des soldats d'une faction adverse et il aurait rejoint volontairement l'unité ULIMO.

Le prévenu a aussi nié les massacres et les tortures infligés à des civils qui lui sont imputés. Ou sur les transports forcés au cours desquels des porteurs épuisés auraient été exécutés, par lui-même ou ses hommes. Il a affirmé ne pas avoir assisté à de tels transports, ni en avoir entendu parler. L'ULIMO utilisait des camions, selon lui.

Conspiration

Concernant un coup de couteau donné à un civil, Alieu Kosiah a parlé de "conspiration, de mensonge et de manipulation", une explication répétée à de nombreuses reprises. Il a aussi contesté toute participation au crime de cannibalisme: "Ugly Boy", un officier ULIMO, aurait tué un civil et mangé son coeur en compagnie de l'accusé et d'autres soldats. Le prévenu a assuré avec violence n'avoir jamais entendu parler de telles pratiques.

L'accusé a encore rejeté toute implication dans des "Black Monday", des massacres perpétrés dans des villages. "Je ne crois pas à ces histoires. J'en ai entendu parler seulement après mon arrestation en Suisse", a-t-il affirmé.

Interrogé sur son rôle dans l'ULIMO, Alieu Kosiah a indiqué être passé du grade de sergent en 1991 à celui de colonel à fin 1995. Il s'est efforcé d'apparaître comme un exécutant, un maillon au milieu d'une chaîne de commandement. Ainsi, il n'aurait pas fait partie des "Big Men" du mouvement. "Moi, j'ai passé toute la guerre au front. Les Big Men restaient en arrière, à profiter de l'air conditionné."

Détenu depuis 6 ans

Âgé aujourd'hui de 45 ans, Alieu Kosiah a été arrêté en novembre 2014 en Suisse. Sa détention provisoire a été prolongée jusqu'à aujourd'hui. Selon l'acte d'accusation de 42 pages, il répond du meurtre de 18 civils et de deux soldats désarmés, commis par lui-même ou ses hommes.

Le MPC a aussi retenu le viol d'une femme et la profanation du corps d'un civil. Enfin, Alieu Kosiah aurait aussi forcé des villageois à transporter des marchandises dans des conditions inhumaines. Il est encore reproché au prévenu d'avoir utilisé un enfant-soldat.

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