Après avoir envahi le nord de l'Italie et s'être avancées dans les territoires allemands, les troupes de la France révolutionnaire occupent également la Suisse en 1798. Le 5 mars, les Français atteignent Berne. Les forces armées des cantons ne parviennent à contrecarrer la machine militaire française qu'en de rares occasions.
Cette gravure en couleurs immortalise une victoire isolée des Suisses près de Neuenegg (Berne).
(Image: Chronique de la Suisse, Ex Libris, 1987)
swissinfo.ch
Les troupes d'invasion soutiennent la création de la République helvétique. Ce nouvel Etat centralisateur propose une application du modèle révolutionnaire français. Les anciens Etats indépendants – unis par des liens assez lâches dans l'ancienne Confédération – deviennent des «cantons», les frontières de ces unités administratives sont redessinées. Pour la première fois, la Suisse dispose d'un drapeau unique de couleurs jaune, rouge et vert.
(Photo: Le drapeau suisse. Stadt im Aufbruch - Aarau um 1798, Aarau 1998).
swissinfo.ch
Le 4 avril 1798, les députés – proches des idées des Lumières – se rendent dans la nouvelle capitale Aarau pour former le premier parlement unitaire. Le 12 avril, la République helvétique «une et indivisible» est officiellement décrétée.La première «Assemblée nationale» réunit 121 députés provenant de dix cantons. Elle adopte la première Constitution au sens moderne de l'histoire suisse. Le nouveau gouvernement est composé de cinq «directeurs». La séparation entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire est également introduite.
Les cantons de la Suisse centrale sont encore opposés au nouveau projet. Mais l'avancée des troupes françaises entraîne une annexion plus ou moins forcée des nouveaux territoires à la «République sœur» de la nation française.
(Image: Gravure de Jean-Nicolas Lörtscher (1741-1814). CH-Chronik, Voyage dans le temps, 1998)
swissinfo.ch
Les principes suivis par les «jacobins» suisses sont les mêmes que ceux de la Révolution française: liberté et égalité. Les gouvernements aristocratiques sont supprimés et les rapports de sujétion abolis.Avec la République helvétique naissent six nouveaux cantons qui obtiennent pour la première fois leur indépendance. Cette émancipation ne sera jamais remise en cause.
Dressés sur de nombreuses places, les arbres de la Liberté font partie des moyens de la propagande républicaine. Mais certains mythes symbolisant la révolte contre le pouvoir, comme Guillaume Tell, sont également remis au goût du jour et servent à promouvoir les vertus du nouveau système. Moyen de promotion des idées démocratiques particulièrement original: les cartes à jouer.
(Photo: CH-Chronik, Voyage dans le temps, 1998)
swissinfo.ch
La nouvelle organisation ne concerne qu'une petite élite touchée par les idées des Lumières. En fait, changer un ordre séculaire se révèle être une entreprise difficile.
La Suisse n'est pas la France. Malgré les rapports de dépendance existants, les conflits sociaux n'imposent pas une révolte violente. Habituées à une autonomie locale presque totale, les communes sont rétives à l'application des nouvelles règles et rechignent à suivre les ordres du nouveau gouvernement central.
Ce tableau du canton d'Appenzell représente l'expédition punitive d'une unité militaire sur la place de Hundwil en 1798.
(Photo: Ernst Hohl, Bauernmalerei um den Säntis, Offizin 1994)
swissinfo.ch
En 1800, le projet républicain est déjà en crise sans avoir réellement été réalisé. Dans de nombreuses régions, des révoltes ont porté à nouveau les anciennes autorités au pouvoir. La Suisse sombre dans le chaos. L'Europe est en guerre et le territoire suisse est aussi le théâtre d'affrontements entre la France et la Coalition monarchique.Seule l'intervention du nouvel homme fort de Paris, Napoléon Bonaparte, permet de retrouver un équilibre entre tradition et révolution.
Cette caricature de l'époque montre Napoléon en habile médiateur dans la question valaisanne.
(Image: Histoire de la Suisse, Fragnière, Fribourg 1984)
swissinfo.ch
L'Acte de Médiation représente un chef-d'œuvre de diplomatie napoléonienne qui aboutit à dix années de calme en Suisse. Convoqués à Paris, les délégués suisses se voient imposer les nouvelles règles.Cependant, le document du 19 février 1803, pensé par le Premier Consul, propose un compromis acceptable pour les Suisses. Quelques progrès sont conservés: l'égalité des citoyens devant la loi, la liberté d'industrie et la suppression des douanes intérieures. Survit également un gouvernement central faible avec une Diète (parlement) et le poste de «landamann» est créé.Ce faisant, les nouveaux cantons conservent leur autonomie et les anciens Confédérés retrouvent leur organisation traditionnelle. Le compromis laisse à la nouvelle bourgeoisie la possibilité de croître, vu que le développement économique et industriel et les changements sociaux ne sont plus entravés par le corporatisme.
(Reproduction de l'Acte de Médiation. CH-Chronik, Voyage dans le temps, 1998)
swissinfo.ch
Bien que la paix soit garantie et que les tensions internes se soient apaisées, les dix années de la Médiation ne sont pas faciles pour le pays.
Certes, d'un côté, l'acte assure l'indépendance des 19 cantons. Mais, de l'autre, il impose de lourdes taxes et l'obligation de fournir 16 000 soldats pour soutenir les visées expansionnistes de la France.
Cette gravure représente des soldats prêts à partir pour le front. Leur rôle à la Bérézina reste leur fait d'armes le plus mémorable. Du 26 au 28 novembre 1812, les soldats suisses couvrent la retraite de Russie des troupes françaises.
(Photo: CH-Chronik, Voyage dans le temps, 1998)
swissinfo.ch
A mesure que l'étoile de Napoléon pâlit, l'ordre qu'il a instauré en Europe vacille. Le 29 décembre 1813, les délégués de dix cantons déclarent la fin de la Médiation et signent un nouveau traité. Le document reprend les pactes d'assistance de l'ancienne Confédération.
Les nouveaux cantons de Saint-Gall, Argovie, Vaud et Thurgovie adhèrent immédiatement à la nouvelle union, craignant de perdre les droits acquis après 1798. Les autres cantons protestent.
Un an plus tard, en septembre 1814, la Diète accepte l'adhésion de trois autres cantons: le Valais, Genève et Neuchâtel qui abandonnent la sphère d'influence française pour se rapprocher de la Suisse.
Après le retrait des troupes françaises et une occupation par les troupes coalisées, les troupes confédérées entrent à Genève le 1er juin 1814, sous les applaudissements de la population.
(Peinture de F. Dufaux dans CH-Chronik, Voyage dans le temps, 1998)
swissinfo.ch
En mars 1815, les puissances qui ont défait la France napoléonienne se réunissent à Vienne. Le Congrès confirme les frontières politiques de la Suisse, sans cependant restituer aux Grisons les territoires perdus en 1797.
En août de la même année, un nouveau «Pacte fédéral» scelle la naissance de la nouvelle Confédération des 22 cantons. Ce traité représente un retour à l'union d'avant les troubles révolutionnaires. Mais il garantit aussi les bases d'un renouveau profond du pays.
Le document présente une allégorie romantique et patriotique d'Helvetia. Deux figures mythiques du combat pour la liberté de la Suisse sont à ses cotés: Guillaume Tell et Arnold Winkelried, le héros qui s'est sacrifié lors de la bataille de Sempach en 1386 contre les troupes de Léopold d'Autriche.
(Photo: CH-Chronik, Voyage dans le temps, 1998)
swissinfo.ch
La Confédération se présente: l'identité de la Suisse créée après 1815 est acceptée par les nations européennes. Après l'épisode des Cent-Jours, le continent profite de quelques décennies de paix.
La Suisse reste un pays qui n'a pas assimilé l'idéal de l'Etat-nation. Il ne possède pas d'unité linguistique ni religieuse et il lui manque encore également une identité politique dominante.
Cette image datée de 1820 environ représente l'unité dans la diversité. Les armoiries des différents cantons forment une chaîne devant le drapeau rouge à croix blanche. Les costumes traditionnels des femmes représentent tout autant l'harmonie que les différences existantes.
(Peinture sur bois, image tirée de: Ticino 1798-1998)
swissinfo.ch
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.
SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.