Coline Serreau à «L’Ecole des femmes»
Avant Winterthur et Morges, l'actrice est revenue le temps d'un spectacle à la Comédie de Genève, que son ex-mari Benno Besson dirigea dans les années 80.
Elle y joue Arnolphe dans la célèbre pièce de Molière qu’elle met également en scène.
C’était il y a une douzaine d’années. La Comédie de Genève vibrait tous les soirs sous les applaudissements et les hourras du public enchanté par «Quisaitout et Grobêta», un spectacle qui, en 1994, récolta quatre «Molière».
La pièce était signée Coline Serreau. Son metteur en scène? Benno Besson, qui dirigea dans les années 80 la Comédie de Genève, lui donnant alors une grande part de son aura dont elle bénéficie toujours.
Disparu en février dernier, Benno Besson n’a pas quitté la mémoire des lieux. La Comédie lui a rendu en quelque sorte hommage en ce début de saison, en invitant Coline Serreau, qui fut sa compagne, à y présenter «L’Ecole des femmes» de Molière, qui est ensuite passé par La Chaux-de-Fonds avant de continuer par Winterthur et Morges.
Dans la peau d’Arnolphe
Et c’est avec beaucoup de plaisir, nous a-t-elle confié, qu’elle a donné cette «Ecole» dans un théâtre «qui sait s’occuper de son public et aiguiser intelligemment sa curiosité».
«Je trouve que le travail réalisé au sein de cette première scène genevoise est d’une grande qualité, et si on m’y invite de nouveau, je reviendrais volontiers», dit-elle.
En attendant, c’est Arnolphe qu’elle visite dans «L’Ecole des femmes» puisqu’elle joue elle-même le rôle de cet homme obtus et obstiné dans son amour obsessionnel pour Agnès. Agnès, beaucoup plus jeune que lui, qu’il a lui-même élevée loin du monde, pour la rendre idiote si possible.
La célèbre pièce de Molière, telle que vue par Serreau qui en signe la mise en scène également, est une école de la vie, aussi dramatique que fantasque.
Occident ou Orient
Pour la metteuse en scène, «Arnolphe, c’est l’Occident. Il a tout: l’argent, le pouvoir, la technologie (…) et en une après-midi, tout son monde s’effondre simplement parce qu’il oublie une seule petite chose: regarder vivre les autres».
A la sortie du spectacle, on se dit néanmoins qu’Arnolphe, c’est plutôt l’Orient dans ce qu’il a de plus sexiste. Sur les planches de la Comédie, le héros de Molière (ou l’antihéros, c’est selon) apparait comme un fanatique ravalé au rang de pantin. Son costume fait penser à celui d’Arlequin. Ses gestes et déplacements ressemblent à ceux d’une marionnette dont on tire violemment les ficelles.
En face de lui, Agnès (Lolita Chammah) est une femme plus lucide que rusée. Dans la célèbre scène des maximes, qui réglemente la fidélité d’une femme à son mari, une longue écharpe blanche couvre la tête de la comédienne, entoure son cou et descend jusqu’à la ceinture.
Plus tard l’écharpe tombera, à l’instar des magnifiques tentures qui, alignées comme des coulisses, composent le décor d’un théâtre en abyme. Un théâtre dont les voiles chutent les unes après les autres, pour laisser apparaître une seule nécessité: la liberté.
swissinfo, Ghania Adamo
«L’Ecole des femmes», à voir le 3 novembre au Théâtre de Winterthur et les 20 et 21 décembre, au Théâtre de Beausobre à Morges.
Mise en scène: Coline Serreau.
Avec: Coline Serreau, Daniel Briquet, Lolita Chammah, Thomas Derichebourg, Alexis Jacquin, Emmanuel Pierson, Frédéric Sauzay, Alice Varenne.
Production: Théâtre de la Madeleine / Théâtre de la Porte Saint-Martin.
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