Ethique et chocs
La 7e Biennale d'architecture de Venise s'est ouverte ce week-end dans l'Arsenal de la ville. Au coeur des 12.000 m2 d'exposition, la présence suisse ne devrait pas passer inaperçue.
«Moins d’esthétique, plus d’éthique», c’est le thème général de cette Mostra 2000, qui, jusqu’au 29 octobre, réunit 350 créateurs du monde entier, architectes vedettes ou jeunes inconnus confondus.
Dans les immenses pavillons, le visiteur se trouve confronté à une vision polymorphe et parfois inquiétante du futur urbain. Le commissaire de la Biennale, l’architecte italien Massimiliano Fuksas, souhaite que la manifestation fasse réfléchir sur la ville du troisième millénaire, la ville où vit aujourd’hui 48 pour cent de l’humanité.
C’est dans ce contexte que, outre un certain nombre de performances d’artistes, la Suisse présente deux projets dont la provocation n’est pas absente: «Duty free – Use me» et «Sneak Preview».
«Duty free» est dû au groupe Relax. Devant le Pavillon suisse, on trouve des éléments divers évoquant un duty free, ces lieux qui «invitent les voyageurs à convertir leur attente en achat de marchandises». Une façon de jeter «un regard ironique sur notre course débridée à l’argent et au temps».
Nettement plus grinçant, «Sneak Preview», conçu par un collectif d’artistes, et qui touche au Pavillon suisse en lui-même: son entrée principale reste fermée au public… C’est un chemin détourné qui mène à l’intérieur: les visiteurs empruntent un escalier adossé à la façade extérieure et pénètrent dans le pavillon par la verrière de la toiture.
Une approche critique de la politique appliquée par les pays nantis en matière d’immigration, soulignée par le fait qu’à l’intérieur, le visiteur se trouve notamment confronté à des murs blancs noircis de propos xénophobes.
C’est l’urbaniste Harm Lux, qui vit à Zurich, qui a été chargé par l’Office fédéral de la culture de préparer la participation officielle de la Suisse à la Mostra de Venise. La Suisse n’est d’ailleurs pas la seule à jouer la carte de la provocation: le pavillon français, par exemple, est réduit à une salle vide, aux murs recouverts de phrases écrites en rouge et bleu, qui évoquent l’éthique et l’architecture à leur façon: «L’éthique masque le vide de la politique», par exemple. Les Français invitent carrément à débattre de la question «dans d’autres lieux», accessibles à tous.
Ethique et chocs? Ethique et toc.
Bernard Léchot
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