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Festival de Locarno: mutants sauce US

Avant le film, le public contemple son propre reflet sur l’écran de la Piazza Grande. swissinfo.ch

Mercredi soir, la Piazza Grande de Locarno accueillait sa première projection: «X-Men», de l´Américain Bryan Singer. Amateurs de cinéma intimiste s'abstenir.

Le premier après-midi du 53e Festival international du film de Locarno a été plutôt historico-cérébral: premiers films de la rétrospective consacrée aux films «bannis» du cinéma soviétique de 1926 à 1968, et projection de la vaste saga que le cinéaste britannique Peter Watkins a consacrée à la Commune (Paris, 1871), un film fleuve de plus de cinq heures, divisé en quatre épisodes, qui a nécessité le travail de 212 comédiens amateurs…

Tout autre registre le soir, sur la Piazza Grande, avec «X-Men» de Bryan Singer, dévoilé en première européenne. Alors que les nuages accumulés au cours des heures précédentes s’éloignaient aimablement, ce film, qui a coûté la bagatelle de 75 millions de dollars, aura notamment permis de vérifier efficacement le matériel de la Piazza Grande: et tout va bien, la toute nouvelle sonorisation numérique est parfaitement décoiffante, et l’écran géant supporte très bien les histoires de mutants.

Car «X-Men» nous parle de mutants. Avec cette adaptation d’une bande dessinée aussi culte qu’américaine, dont la publication a commencé au début des années soixante, Singer a tenté de retranscrire «l’atmosphère sombre et les personnages complexes» qui lui plaisaient tant dans la BD.

Tout autour de la planète Terre, époque contemporaine, émergent des êtres dont le code génétique semble avoir subi quelques modifications surprenantes. L’un est super fort et dégaine des griffes de loup, un autre s’immisce dans vos pensées, une charmante minette absorbe votre énergie dès qu’elle vous touche etc.

Ce qui au début est intéressant, c’est que toutes ces facéties génétiques se déclinent sur fond de crise politique: faut-il exclure les mutants ou non? Peut-on les laisser fréquenter les mêmes écoles que nos enfants? Une assemblée de l’ONU doit même avoir lieu sur Ellis Island, dans la baie de New York, pour débattre de ce vaste problème… L’interprétation est alors claire: derrière les déviations bizarres des personnages, on peut imaginer tout ce qui diffère et donc dérange: l’étranger, le sidéen, le politiquement incorrect…

Mais les bonnes intentions de Singer s’arrêtent là… Car assez rapidement, la métaphore disparaît complètement au profit de l’action, débridée et grand-guignolesque, et le réalisateur glisse très vite dans une intrigue au manichéisme très hollywoodien: sachez-le, il existe de gentils mutants, qui cherchent à coexister avec nous autres, tristes normaux, et des méchants mutants, qui veulent la guerre. Mais le plus méchant des méchants mutants, qui a des pouvoirs magnétiques incroyables, finira enfermé dans une cage de plastique. Nous voilà rassurés. Une petite grappa pour fêter ça?

Bernard Léchot, Locarno

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