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Gothique, cornélien et néanmoins tourné en deux semaines!

«Suicide Club», une histoire de Poe, dessinée par Hugo et racontée par Baudelaire. Film "Suicide Club"

«Kings Of The B's», c'est le titre d'une section que le Festival international du film de Locarno inaugure cette année. Son principe: présenter des films dits «de genre».

Qu’est-ce qu’un film de genre? Un film qui a été formaté, ou en tout cas influencé par des catégories déjà existantes, aux critères très définis: western, fantastique, horreur, etc. Des films souvent caractérisés par un budget limité et, paradoxalement, une efficacité redoutable, notamment de par l’accessibilité de leur narration.

Pour cette première édition, cette section ne propose modestement que trois films. «Ko-rei», dernier opus du Japonais Kiyoshi Kurosawa, «Un giudice di rispetto», de l’Italien Walter Toschi, et «Robert Louis Stenvenson’s The Suicide Club» de l’Américaine Rachel Samuels, ce dernier étant produit par un certain Roger Corman… Locarno donne ainsi une suite à la rétrospective de l’année dernière, entièrement consacrée à «Corman et les cormaniens», comprenez le célèbre producteur américain et la vaste écurie de chevaux fous qu’il a suscitée.

Corman est donc à nouveau présent à Locarno par le biais de cet étrange «Suicide Club». L’histoire d’un homme désespéré, qui, ne parvenant pas à se suicider lui-même, entre dans une société secrète où ne siègent que d’autres candidats à la mort. Ils sont trop faibles pour se la donner, ou craignent pour leur réputation posthume… Précisons que nous sommes en Angleterre, en 1899.

Noyant le temps qui leur reste à vivre dans l’alcool, le haschich ou le laudanum, ces suicidés en devenir se livrent à un terrible jeu de carte, qui définit à chaque séance un tueur et une victime. Ou plutôt, au vu du contexte, un gagnant. Mais voilà… Une fois entré dans ce club macabre, notre héros déprimé rencontre une soudaine raison de vivre. Or le pacte qu’il a signé lui interdit de reculer…

Château médiéval, pleine lune, fiacre et chevaux noirs, monastère en ruine, robe rouge luisant dans l’obscurité, tout le film baigne dans une ambiance gothique, à la fois morbide et élégante. Un peu comme une histoire de Poe, dessinée par Hugo et racontée par Baudelaire, pour faire court. Plus une touche de dramaturgie classique à la fin, le héros se trouvant face à un choix réellement… cornélien.

Le décor et la logique de l’intrigue vous emportent donc jusqu’à ce que vous sursautiez soudain, en réalisant la bonne dose d’immoralisme qui règne dans cette histoire. Innocente, la «série B»? Pas tant que ça…

Bernard Léchot

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