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Hey Johnny-Jane…

Jane Birkin. Keystone

Mardi soir au Théâtre de Beausobre, à Morges, Jane Birkin dévoilait en avant-première le spectacle qu´elle présentera ces prochains jours au Japon. Derrière ce survol de trente années de carrière, l´ombre tutélaire de l´Homme à la tête de chou.

Au neuvième rang du Théâre de Beausobre, Philippe Lerichomme, directeur artistique de Serge Gainsbourg durant 17 ans, et de Jane Birkin depuis toujours, prend des notes, attentif. Quelques sièges plus loin, la maman de Jane est là, attentive, qui surveille sa grande fille à laquelle elle a servi de répétitrice pendant dix jours de répétition à Morges.

Et c’est effectivement une grande fille qui est là sur scène, un T-shirt noir dessinant sa légendaire absence de poitrine, ses longues jambes flottant dans un pantalon aussi large que plein de poches, look ado rappeur. Jane Birkin entre en scène en chantant «On s’fait des langues, en Ford Mustang», avant d’enchaîner, plus respectable, sur «Baby Alone In Babylone».

Fragile, presque gênée de retrouver la scène en tant que chanteuse, elle est un peu empêtrée dans ses gestes, et ses quatre jeunes musiciens trop appliqués sur leurs instruments. Le public, intimidé par la timidité de la chanteuse, réagit avec discrétion. L’impression de s’être glissé dans la demi-intimité d’une répétition générale…

Pourtant la sauce prend. Parfumée nostalgie. Loin des arrangements sophistiqués qu’avait concoctés Jean-Claude Vannier il y a quelques années, les chansons nous sont offertes en versions sobres, la plupart du temps très proches des enregistrements originaux.

Cette simplicité en fait ressortir l’essence, et donc la beauté. «Les dessous chics», «Je suis venu te dire que je m’en vais», «Et quand bien même», «Yesterday Yes A Day», «Quoi», l’incroyable génie gainsbourien éclate à chaque instant, la force de ses mots, la fluidité de ses notes, au point que les emprunts à Chopin («Jane B») ou à Brahms («Baby Alone In Babylone») paraissent naturels. Et lorsque Jane entonne «A la légère», chanson-titre de son dernier album, c’est la patte du pourtant talentueux Souchon qui paraît bien faiblichonne à côté de celle Gainsbarre.

C’est une évidence, mais l’homme de la Rue de Verneuil est partout dans ce spectacle. Dans les chansons de Jane Birkin bien sûr, mais entre elles également, dans les paroles qu’elle prononce. Et surtout dans le regard que nous portons sur elle. Car si «Je t’aime moi non plus», la chanson en 69, le film en 76, a fait hurler les bourgeois et le Vatican, le couple Birkin-Gainsbourg est ensuite entré dans le paysage culturel et affectif de chacun, ou presque. Serge et Jane, c’est comme Tristan et Iseult. Indissociables. Et cela même si la vie les avait séparés dès 1980…

C’est d’ailleurs là le drame de Jane Birkin: riche d’un répertoire unique et fabuleux, mais consciente sans doute que ce répertoire est terminé, bouclé, et que les chansons qui s’y sont ajoutées ou qui s’y ajouteront n’atteindront jamais la même dimension… mythique, osons le mot.

A Morges, Jane Birkin nous a offert avec générosité un parcours d’une trentaine de titres, qui coïncident avec une trentaine d’années de sa vie, et de la nôtre… Et lorsqu’elle entonne en rappel «La javanaise» a capella, tout le public se joint à elle. Le coup de grâce est porté par «Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve», moment d’émotion pure. Standing ovation et larme à l’œil. Il n’y a plus de trace de soufre chez la chanteuse qui nous fait face. Juste un vécu et beaucoup de fragilité. Comme chez chacun. On a envie de la consoler. Ou de se faire consoler. Mais tout finit avec «La gadoue»… Car la vie, mieux vaut «En rire de peur d’être obligée d’en pleurer».

Bernard Léchot

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