La Norvège danse son football à Berne
Les quatre danseurs de la compagnie norvégienne Jo Stromgren ont ouvert les journées bernoises de la danse contemporaine, vendredi et samedi soirs, en singeant le sport le plus populaire, avec un ballon imaginaire.
Le football est-il une danse? La danse est-elle un jeu? Le thème est original. Nous avions toujours pensé que la rondeur fascinait l’homme.
C’est en effet au Brésil qu’on peut imaginer le meilleur rapprochement possible entre les deux disciplines. Là-bas, les footballeurs touchent le ballon comme les danseurs de samba caressent le fessier rond et proéminent de leurs Brésiliennes. C’est que ces gens-là font tout avec une infinie grâce.
Mais en Norvège? Tout ne peut que séparer la danse de leur football en puissance. Toujours est-il que Jo Stromgren Kompani commence par nous proposer un entraînement digne de l’armée. Avec discipline et rigueur.
C’est là que les quatre protagonistes se plaisent à jouer l’ambiguïté des mouvements. Sportifs ou sexuels. Mais toujours dans l’optique de dominer. L’un par-dessus l’autre. L’un contre l’autre.
Alors que l’on se croyait dans un village de campagne – l’un des danseurs marque l’aire de jeu avec de la sciure -, les hymnes nationaux retentissent haut et fort comme dans un immense stade. Tous se rassemblent alors sur le devant de la scène. Le torse gonflé, ils se grattent les «couilles».
Le premier coup de sifflet retentit. Superbes dans leur gestuelle, ils miment tantôt une volée du pied droit, tantôt une reprise de la tête. On imagine le ballon voltiger dans la salle. Tant les mouvements sont amples et puissants.
La mi-temps venue, ils vont jusqu’à nous montrer des reflets filmés. Si, si, vous savez, quand la caméra immortalise telle séquence de jeu, au cours de laquelle, tel joueur en profite pour prendre la pose. On rigole!
Et comme dans tous les matches de football, ils s’engueulent pour une faute que leur coéquipier n’a pas commise. Avec toujours cette envie de puissance sous-jacente. Maladive et pourtant propre à la nature humaine. Pas grave, l’instant d’après, ils se congratulent pour un goal, synonyme de victoire…
La chorégraphie se termine sous les douches. Mais l’un des quatre joueurs se révèle différent. Il a un soutien-gorge qui cache ses «nichons». Les trois autres hésitent alors à se laver avec lui. Ils s’en éloignent même…D’ELLE avec qui ils venaient de transpirer toute leur puissance de mâle conquérant.
Vous l’avez compris, Jo Stromgren Kompani est composé d’une fille et trois garçons. Et s’inscrit parfaitement dans le leitmotiv de ce 14e festival chorégraphique: «Sexchangesex». Un appel à la tolérance des différences.
Emmanuel Manzi
Mardi et mercredi (20h15) Dampfzentrale: «red hot» de la Mark Sieczkarek Company
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