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Le sexe dansé aura attiré le tout Berne

Le chorégraphe Thomas Hejlesen est convaincu «qu’il est possible de montrer de l’émotion à travers une mise en scène minimaliste et froide». Keystone

Treize des quinze spectacles des «Berner Tanztage» ont fait salle comble à la Dampfzentrale (9000 spectateurs au total). C'est dire le succès de ce 14e festival international au thème aguicheur «Sexchangesex».

Dimanche soir. Fin du festival et pas un seul pas de danse. Ni une esquisse de mouvement chorégraphique. Rien que des gestes au compte-gouttes. Et des postures tendues entre le désir et le sacré, personnifiées par la princesse Salomé, le roi Hérode et Jean Baptiste.

Elle s’est déshabillée mais n’a pas dansé. Ou si peu. Sinon comme ces pseudo-artistes de cabaret. La princesse désirait le prophète. Qui, pour lui avoir résisté, s’en retrouva décapité. Toujours est-il que l’on cherche toujours l’érotisme suggéré.

En effet, la compagnie danoise Von Heiduck interprétait la «Salomé» d’Oscar Wilde. Vous savez, ce récit des Saintes écritures qui met en scène un roi qui n’avait pas le droit d’épouser la femme de son frère. Et qui se faisait remettre à l’ordre par un prophète prêchant la repentance dans le désert de Judée.

Le chorégraphe Thomas Hejlesen est convaincu «qu’il est possible de montrer de l’émotion à travers une mise en scène minimaliste et froide». Certes, mais est-il encore question de danse? Ne verse-t-on pas dans le théâtre, au vu de la prestation donnée? Qui, par ailleurs, resta souvent lettre morte, tant ce genre d’exercice artistique exige des acteurs de tout premier plan.

En outre, une belle, fut-elle d’une plastique irréprochable, ne suffit pas à éveiller le désir du public. D’ailleurs, plusieurs spectateurs quittèrent la Turbinensalle, alors même que la pécheresse aux longs cheveux d’or s’adonnait à un strip-tease devant son roi et le prophète.

La démarche du chorégraphe est intéressante. Mais elle est restée au stade de l’intention. Car il est par trop audacieux – prétentieux? – de vouloir convaincre un public, en lui demandant d’entrer dans un spectacle où l’acteur-danseur ne se dévoile qu’au travers d’un jeu intériorisé et dans un décor épuré (deux fauteuils et une table de verre).

On aime ou on ne se laisse pas envoûter par «Salomé». Pour preuve, le Danemark a gelé les subventions pour cinq ans destinées à soutenir la troupe Von Heiduck, tandis qu’en 1999, l’Allemagne décernait à son concepteur Thomas Hejlesen un prix de 25 000 francs suisses (Mouson Award).

Emmanuel Manzi

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