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Le sexe pour combler l’oubli

Pablo a perdu son passé. Le retrouvera-t-il? Image tirée du film "Novo"

Un film à la fois sensible et drôle, «Novo» du Français Jean-Pierre Limosin, a conclu le week-end locarnais sur la Piazza Grande. Rencontre.

Projection en plein air, nombre inouï de spectateurs, les étoiles au-dessus de l’écran, Jean-Pierre Limosin s’enthousiasme à propos de la Piazza Grande.

Et ce qu’il aime aussi, ce sont les petits bruits de la vraie vie qui interfèrent dans le film: «Cela rajoute un peu de mixage en direct! Tout cela a un côté très forain. Et le cinéma vient de la piste foraine.»

«Novo» est une coproduction franco-hispanico-suisse. Pour le scénario, Jean-Pierre Limosin a travaillé avec l’écrivain Christophe Honoré.

Les deux hommes sont partis sur l’un des artifices les plus convenus de la fiction, que ce soit au cinéma ou en littérature: l’amnésie. Mais avec un angle aussi particulier qu’original:

«On s’est servi de cet état pour voir cinématographiquement ce qui pouvait se passer dans la vie sexuelle et amoureuse d’un homme qui ne se souvient pas de ce qu’il a fait un quart d’heure avant. Cet état de perte, d’abandon correspond tellement à l’état dans lequel on est quand on tombe amoureux qu’il y avait là un filon pour raconter quelque chose».

Pablo, Graham et les autres

Le beau Graham (Eduardo Noriega) a accidentellement perdu la mémoire. Il nous faudra du temps pour découvrir qu’en réalité il s’appelle Pablo, qu’il a une famille. Et notamment un fils, dont la présence sera essentielle. Car c’est d’abord au travers de son présent perpétuellement ‘réactualisé’ qu’on découvre le personnage.

On s’aperçoit rapidement que certains ont su tirer avantage de son problème: «Il est pris dans une espèce de petit complot. Des gens profitent de son état d’abandon pour l’utiliser comme objet sexuel» explique le réalisateur:

La patronne du bureau où travaille Graham en a fait son jouet. Et une autre femme, Irène (Anna Mouglalis), va en faire son amant. En tentant de nouer une vraie relation amoureuse: «On va recommencer. Je me souviendrai de tout pour deux», dit-elle après leur première nuit.

La quête de l’identité, principale intrigue des films ayant pour thème l’amnésie, ne semble pas prioritaire pour Graham/Pablo: «On pourrait même avoir un doute sur son amnésie, constate Jean-Pierre Limosin. Il en vit tellement bien! C’est un Eden. Il est toujours dans un état d’expérimentation de chaque chose. C’est formidable, pour lui.»

La jubilation du sexe

Eduardo Noriega, vedette hispanique, ne parle pas un mot de français. Il a tout appris phonétiquement. D’où un phrasé étrange, qui colle bien à la bizarrerie de la vie de Graham/Pablo.

Mais c’est autre chose qui avait retenu l’attention du réalisateur: «Il est gracieux, élégant, comme un danseur. Il a un corps qui n’est pas façonné par les salles de sport, comme c’est le cas de nombreux autres acteurs».

Quant à Anna Mouglalis, repérée par Limosin dans «Merci pour le chocolat» de Chabrol, c’est sa voix qui l’a frappé: «Je trouve qu’elle a une voix très sexuelle». Effectivement. Et dans «Novo», on profite aussi de ses autres atouts. Car le sexe y est aussi omniprésent que joyeux:

«C’était l’un des paris du film. Essayer de montrer la vie sexuelle, par fragments, par sensations, par signes, pour ne pas tomber dans la pornographie. Une façon d’être contre l’approche habituelle, ces scènes de domination et de performance physique» explique Jean-Pierre Limosin avant d’ajouter:

«Là, l’état d’esprit, c’est abordons ça, soyons joyeux, ça nous arrive, on ne va pas s’en cacher, on a déjà été condamné en mangeant le fruit défendu, ce n’est pas la peine de nous condamner une deuxième fois! On est dans la jubilation, dans l’exaltation du corps.»

Bientôt sur les écrans

Pour «Novo», coproduction oblige, Jean-Pierre Limosin a dû travailler avec deux techniciens suisses. Il a ainsi renoué avec bonheur avec la présence d’une script-girl, habitude qu’il avait perdue. Et il ne tarit pas d’éloges sur le talent du Rollois François Musy, responsable du son.

Présenté en première mondiale à Locarno, le film sera sur les écrans dès le 25 décembre en France, et le 8 janvier en Suisse.

swissinfo/Bernard Léchot à Locarno

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