Le Soldat… et l’amour
Le groupe genevois «Le Soldat Inconnu» publie un sixième et bel album intitulé «C'est la faute à personne».
La voix dense et grave de Monique Froidevaux y dépeint l’âpreté sociale, mais aussi la force et la fugacité de la passion.
Sur la pochette, un étonnant personnage, indéfinissable. Regard dur, cigarette à la main, habillé d’un improbable tissu bleu. Une photo tirée d’un reportage réalisé au Bengladesh par le photographe français Gilles Saussier.
En tant que pochette d’album, l’image est tout sauf racoleuse: «Je trouvais que c’était un travail magnifique, qui aiderait à raconter l’histoire de ‘C’est la faute à personne’», commente Monique Froidevaux, chanteuse du Soldat Inconnu, un groupe formé en 1989 à Genève.
Un Soldat nouvelle formule
Il y a quelques temps, le «Soldat» subissait une sérieuse restructuration avec le départ de deux de ses fondateurs, Alain Froidevaux, frère de Monique, et Roland Le Blévennec. Question de chemins de vie, mais la «famille» demeure.
Aujourd’hui, le violon de Robin Dussauchoy est venu apporter une nouvelle couleur aux chansons. Sans en modifier l’esprit.
Car la «patte» du Soldat Inconnu reste profondément là. De par la voix de Monique Froidevaux bien sûr («entre «Grace Jones et Damia», commentait un magazine français). Mais aussi à travers le climat qui les caractérise, une sorte de nostalgie, voire d’amertume, qui n’empêche pas l’espoir.
L’imprégnation rock est toujours au rendez-vous: «Il y a la volonté de rester dans cette formation un peu tapageuse, guitare, batterie, basse, ce qu’on appelle à l’origine le rock», relève Monique Froidevaux.
Mais les effluves de cabaret berlinois se sont par contre évaporées au profit d’influences typées chanson française, car «le fait d’avoir un violon a tiré les arrangements vers quelque chose d’un peu plus fin».
Derrière la rébellion, le frisson
Côté thématique, Monique Froidevaux martèle toujours sa rébellion. «C’est la faute à personne» rappelle l’oppression du Sud par le Nord. «Chez faucheur» évoque la misère de notre Quart Monde.
«Le bonheur» ironise quant à lui à propos des petites satisfactions de monsieur et madame tout le monde pavillon hypothéqué et congés planifiés. Désillusion et révolte indéniablement sincères, mais qui ne font pas toujours mouche.
Sur cet album, l’émotion, profonde, est dans les mots d’amour de Monique Froidevaux. L’érotisme de «Tu me manques déjà», avec ce simple et superbe refrain:
«Blottie tout contre toi,
Tu me manques déjà»
Ou dans «Juste avec les yeux», et ce «désir d’enfant pressé» chanté sur une rythmique entêtante de train qui avance, comme le temps. Car le bonheur, chez Monique Froidevaux, est fugace: «J’ai conscience de la qualité de ce qu’on peut vivre, et surtout, de l’éphémère de ce qu’on peut vivre».
Un disque comme le reflet d’un morceau de vie: «Cet album a été conçu en deux ans et demi. En deux ans et demi, on vit un certain nombre de choses. Et quelques textes sont sortis de ces moments de vie», résume-t-elle.
On souhaite que Monique Froidevaux et ses musiciens vivent ces prochains temps de nombreux autres «morceaux de vie» de cette qualité. Car ils savent en rapporter les mots et les notes qui les font vibrer avec les nôtres, de «moments de vie».
swissinfo, Bernard Léchot
«C’est la faute à personne». Distribué en France par Pias et en Suisse au travers du réseau FNAC.
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