Le talent confirmé de Camille Claudel
Les chefs-d'œuvre d'Auguste Rodin et de Camille Claudel dialoguent à la Fondation Gianadda à Martigny...
Voilà Camille Claudel et Auguste Rodin à nouveau réunis dans une même exposition, qui entend mesurer le génie de l’une à l’aune du génie de l’autre.
Cette manifestation comparative, conçue par le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée Rodin de Paris, est riche en chefs-d’œuvre, tels que les plâtres du «Penseur» et du «Balzac» de Rodin, «La Valse», «Vertumne et Pomone» ou «La petite Châtelaine» de Camille Claudel.
Sans omettre de nombreux documents, lettres de Rodin à Camille et inversement, photographies.
De grandes affinités
Arrivée à Martigny, à la Fondation Gianadda, où elle restera visible jusqu’au 11 juin, cette exposition entremêle les œuvres des deux artistes, de manière à mettre en évidence les affinités, qui sont grandes, et les différences.
En gros, une propension de Camille Claudel pour les sujets intimes et douloureux, mais une semblable sensualité chez les deux, qui choqua les contemporains.
Une manière très réaliste de restituer le jeu des muscles sous la peau et de choisir les positions qui indiquent le désir, le rejet, la passion, mais aussi la mélancolie, l’âge, le désespoir.
C’est le regard lointain du modèle de «La Pensée» de Rodin, qui plane au-dessus du bloc de marbre laissé brut, ou «L’Adieu», ou «La Convalescente», du même Rodin, tous des hommages à la jeune élève et égérie, ou ce sont les rides et l’affreuse chevelure de «Clotho» par Camille Claudel, qui évoque le drame de la misère et de la vieillesse.
Vingt ans après
On connaît la destinée de Camille Claudel, qui connut sa vocation dès son plus jeune âge, monta à Paris et, à l’âge de dix-sept ans, y rencontra Auguste Rodin, qu’elle assista, aima, qu’elle voulut égaler.
Elle y parvint, à sa manière, comme le confirme cette présentation, qui entend faire le point vingt ans après la redécouverte de cette artiste, dans les années 1980, et du «roman de sa vie». Elle a le mérite de faire parler les œuvres.
Celles-ci mettent en lumière la sensibilité extrême des deux sculpteurs, leur véritable génie consistant à imprimer à la figure humaine toute une gamme d’expressions, de pulsions et, en dessous, une grande dignité.
swissinfo, Laurence Chauvy
– Camille Claudel (1864-1943) fait la connaissance d’Auguste Rodin (1840-1917) en 1882, alors qu’elle n’a que dix-sept ans. A cette époque, Rodin jouit déjà d’une renommée considérable.
– En reconnaissant le talent de la jeune femme, il l’engage pour l’aider dans les deux grandes commandes qui l’occupaient alors, «La Porte de l’Enfer» et «Les Bourgeois de Calais».
– Dès lors, la relation professionnelle et pédagogique qui unit Rodin à Camille s’approfondit pour devenir une passion mutuelle. Pendant dix ans, les deux sculpteurs créeront dans un véritable état de symbiose.
– La fin du siècle verra leur relation se détériorer. Rodin ne cessera jamais de produire, alors que Camille sera peu à peu paralysée par sa souffrance intérieure.
«Camille Claudel et Rodin- La rencontre de deux destins», exposition organisée par le Musée national des beaux-arts du Québec avec le musée Rodin de Paris, en collaboration avec le Detroit Institute of Arts et la Fondation Pierre Gianadda de Martigny.
A voir à Martigny, Fondation Gianadda jusqu’au 11 juin 2006.
Ouvert tous les jours de 10 heures à 18 heures
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