Les splendeurs de l’Orient à Genève
Quelque 150 miniatures islamiques et indiennes issues des collections du prince Sadruddin Aga Khan convient à un fascinant voyage à travers trois empires et six siècles.
Quelque 150 miniatures islamiques et indiennes issues des collections du prince Sadruddin Aga Khan convient à un fascinant voyage à travers trois empires et six siècles.
Repeint d’or et de bleu pour la circonstance, le décor du musée invite d’emblée à s’arrêter devant quelques-unes des pages les plus brillantes de la civilisation islamique : elles content des souverains éclairés, entourés de musiciens et de poètes, des chevauchées conquérantes et des princesses énamourées aux yeux de biche, des dragons terrassés par de furieux archers et tout un bestiaire fantastique.
La calligraphie flamboyante du Shahnameh (le Livre des Rois, retraçant les origines mythologiques de l’Iran, a été enluminé par les artistes les plus inspirés de la période séfévide, entre 1522 et 1535) est issue des collections du prince Sadruddin Aga Khan. Après le British Museum et le Musée Rietberg à Zurich, le Musée d’Art et d’Histoire de Genève accueille «Princes, poètes et paladins», près de 150 miniatures regroupées en trois volets (Iran, Turquie, Inde) et couvrant près de six siècles d’histoire (du XIVe au XIXe).
La petite loupe proposée aux visiteurs n’est pas de trop pour goûter la magie de certains détails : jardins aux voluptés paradisiaques, personnages enturbannés hauts en couleurs, mouvement délié d’un félin, raffinements d’une architecture tout en bulbes, minarets et dorures. De même, les panneaux explicatifs jalonnant ce parcours offrent – à défaut d’un sésame – un éclairage indispensable au profane. Comment s’y retrouver sinon, entre Mongols (l’Iran de Gengis Khan, 1206-1227) et Empire moghol (Inde, 1526-1761), entre Timurides, Turkmènes et Séfévides (Iran; les 3 dynasties successives qui virent les arts parvenir à leur apogée entre 1501 et 1722), entre les souverains ottomans (Mehmed II, à la prise de Constantinople, Sélim Ier puis Suleyman le Magnifique) et les sultanats indiens, lesquels se verront à leur tour éclipsés par les puissances coloniales (la production la plus discutable esthétiquement est ici contemporaine de la mainmise britannique)?
L’exposition se clôt sur une présentation, illustrant le caractère sacré de la calligraphie, à l’image de l’ensemble du parcours : parfois ardu, mais fascinant…
Véronique Zbinden
Genève, Musée d’Art et d’Histoire, 2 rue Charles-Galland : «Princes, poètes et paladins», jusqu’au 27 février 2000, du mardi au dimanche de 10h à 17h.
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