Maurice Jarre décline sa musique de cinéma
A la tête de l'Orchestre de la Suisse romande, le compositeur français interprète ses plus belles musiques de films, jeudi au Victoria Hall de Genève.
«Trouver les cinq premières notes, c’est là que réside toute la difficulté d’une musique de film, explique le compositeur et chef d’orchestre français, Maurice Jarre. Je crois à la mélodie et au rythme. Tout le reste relève de l’habillage: les harmonies, l’orchestration.»
Pour mettre sur pied ce concert, Maurice Jarre dispose de trois grandes répétitions avec l’Orchestre de la Suisse romande. Pour «retrouver l’âme» de ses plus beaux thèmes écrits pour le cinéma. «Je suis très excité à l’idée de diriger pour la première fois l’OSR. Ne serait-ce que par le fait que cet ensemble fut dirigé par le regretté, Ernest Ansermet.»
Lara devant les Beatles
Le film auquel on associe généralement Maurice Jarre est «Le Docteur Jivago». Dès sa sortie en 1966, ce long métrage recueillit un succès phénoménal. «La chanson de Lara» s’était hissée en 1967 en tête de tous les hit-parades, devant les pop songs des Beatles. «Battre les Fab Four fut pour moi une récompense bien plus importante qu’un Oscar.»
Reste que «Lawrence d’Arabie» a toujours été le film préféré de Maurice Jarre. C’est grâce à lui que le compositeur français put rencontrer le cinéaste britannique David Lean pour la première fois. «Au fil de nos collaborations, David est devenu mon ami.»
Lawrence d’Arabie
Pour Maurice Jarre, «Lawrence d’Arabie» s’inscrit comme l’un des plus grands classiques du cinéma. Car, au-delà de son aspect grand spectacle, le film suscite une profonde réflexion chez le spectateur.
«La partition de Lawrence d’Arabie me semble la plus difficile à interpréter. Tant il y a de rythmes qui s’imbriquent les uns aux autres. Et dire que la production ne m’avait accordé que six semaines pour composer deux heures de musique!»
Les notes viennent généralement se greffer au dernier moment sur la pellicule. D’où la pression qui s’exerce sur les épaules d’un compositeur. Dans chaque film, Maurice Jarre a toujours tenté de suivre au plus près le réalisateur dans sa démarche artistique.
«La musique de film est à considérer comme une œuvre collective, relève Maurice Jarre. Le compositeur n’est pas appelé par la production pour écrire une symphonie ou un concerto. La musique doit être au service de la pellicule. D’ailleurs, elle ne représente qu’un cinquième de l’œuvre.»
Le Christ de Zeffirelli
«Jésus de Nazareth, par exemple, fut, pour moi, une succession de toiles de peintres italiens de La Renaissance. L’effet dramatique était accentué par le fait manifeste que Franco Zeffirelli était animé d’une grande foi pour tourner ce long métrage», se souvient Maurice Jarre.
Ainsi, l’homme qui habille la pellicule de son génie musical rejoue, jeudi à Genève, ces mélodies qui ont marqué nos vies. De «Lawrence d’Arabie» au «Docteur Jivago». De «Jésus de Nazareth» au «Mad Max» de Miller. Du «Tambour» de Schlöndorff au «Witness» de Weir. Le tout commenté par un grand monsieur du cinéma, Pierre Tchernia.
Emmanuel Manzi
Concert OSR/Jarre, Victoria Hall GE, 31 janvier 20h30
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