Olivier Mosset, peintre nomade et cheveux au vent
Le peintre suisse vit entre Tucson (Arizona) et Neuchâtel, où il possède encore une ferme. Connue dans toute l'Europe, l'oeuvre de ce chef de file de l'art abstrait est présentée au Musée d'art de Mendrisio.
Ce n’est certainement pas un homme qui aime parler. Cheveux longs, barbe hirsute et passionné de Harley-Davidson, il semble toujours se tenir le plus loin possible des autres, comme prêt à s’enfuir. Certains le qualifient de peintre «on the road». Pas seulement en raison d’une sorte de nomadisme qui caractérise sa recherche picturale, mais aussi de ses incessants va-et-vient entre l’Europe et les Etats-Unis.
Pour lui, la peinture ne doit pas «parler». «Je crois plutôt, explique-t-il dans l’interview accordée au directeur du Musée d’art de Mendrisio Simone Soldini, qu’elle doit se taire, afin de ne pas vider ce ‘mutisme’ de son sens. Certes, il y a une histoire (l’histoire de l’art) et un système: c’est à l’intérieur de cette structure que fonctionne le silence.»
Une recherche très rigoureuse
Depuis les années soixante, Olivier Mosset est incontestablement un acteur de la scène artistique internationale, en particulier de l’art abstrait. «Dans ce domaine, observe Simone Soldini, c’est un chef de file. Son oeuvre, peu connue dans les régions italophones, a une présence et une évidence extraordinaire.»
Sa production est empreinte de toutes sortes de mouvements modernes, post-modernes et contemporains. Elle se développe par des contacts et des collaborations avec d’autres artistes, mais se décline de manière autonome, comme une réflexion sur la peinture dans sa matérialité la plus pure. Une réflexion en tant qu’acte purement intellectuel.
«Dans mon aventure intellectuelle, explique Mosset, il n’y a pas d’ironie. Je traite ces thèmes avec le plus grand sérieux. Mais en même temps avec un certain détachement, car il existe des choses plus graves que l’art, c’est certain. J’ai parfois l’impression de ne pas savoir exactement ce que je fais, mais ce que je veux, c’est donner la possibilité de voir la peinture pour ce qu’elle est.»
Une abstraction pure
Cercles, traits, monochromie, abstraction, géométrie, surfaces de matière: selon l’historienne de l’art Paola Tedeschi-Pellanda, les étapes du parcours d’Olivier Mosset sont faciles à identifier même si, en réalité, «ses travaux peuvent être simultanés ou décalés par rapport à la chronologie, de sorte que tous forment un dénominateur minimal, immuablement commun: la peinture.»
Les 31 toiles exposées à Mendrisio constituent une sorte de narration raisonnée dans laquelle on peut cueillir l’essence du travail de l’artiste de la fin des années soixante à 2007. Elles montrent sans aucune équivoque l’intérêt de celui-ci pour une pratique picturale dans toute sa matérialité: toile, châssis, couleurs, surfaces, format, lumière.
«La peinture, dit Mosset, est d’abord peinture»: des oeuvres de jeunesse avec des cercles noirs sur fond blanc réalisées entre 1966 et 1972 «pour recommencer à zéro» avec des traits ton sur ton (comme la toile exposée en 1977 à la Xe Biennale de Paris, qui se confond volontairement avec la paroi à laquelle elle est accrochée); des grands formats monochromes aux toiles modelées, jusqu’aux solutions picturales appliquées à la troisième dimension, comme les «Toblerones», des installations réalisées en carton, bois et papier glacé.
Un langage radical
«Une peinture extrême, radicale, sans concession. Une oeuvre péremptoire, comme s’il n’y avait rien à dire, comme si les paroles n’étaient que nuisance.» C’est en ces termes que Paola Tedeschi-Pellanda résume l’oeuvre de Mosset, en le comparant à Cézanne et Manet pour sa rigueur, sa capacité d’analyse et de synthèse.
La peinture occupe donc le centre de la recherche de ce nomade qui échappe aux catégories, qui passe sans cesse des deux côtés de l’Atlantique, en dehors de toutes conventions formelles. «Mosset, observe encore l’historienne de l’art, touche et traverse un grand nombre de mouvements modernes, post-modernes et contemporains, sans pour autant s’identifier à aucun d’entre eux.»
Comment cet infatigable chercheur vit-il une rétrospective? «Une exposition comme celle-ci, explique-t-il à swissinfo, c’est aussi une façon de voir ce qui a été fait, comment cela a été fait et, donc, permet d’élaborer une critique. En fait elle m’aide à tirer un bilan de mon propre travail.»
Que pense-t-il de son étiquette de peintre nomade, lui qui fait des kilomètres sur sa Harley-Davidson? «Aujourd’hui, nous sommes peut-être tous un peu nomades. C’est peut-être plus un état d’esprit qu’une condition physique.»
Et la Suisse? Olivier Mosset se contente de répondre qu’il y vient régulièrement car il a hérité d’une ferme à Neuchâtel.
swissinfo, Françoise Gehring, Mendrisio
(Traduction de l’italien: Isabelle Eichenberger
Né en 1944 à Berne, mais sa famille déménage ensuite à Neuchâtel. Il séjourne en France dès 1962, puis dès 1977 à New York. Depuis 1996, il vit entre Tucson (Arizona) et Neuchâtel.
Après ses étuders d’art à Lausanne, il devient assistant dee Jean Tinguely et de Daniel Spoerri. Après son séjour parisien et ses expériences avec Daniel Buren, Michel Parmentier et Niele Toroni, il déménage à New York en 1977, où il collabore avec Andy Warhol.
Il arrive à une conception d’une peinture de degré zéro en côtoyant des Marcia Hafif, Frederic Thursz, Günter Umberg, Steven Parrino ou Jerry Zeniuk et se lance dans la peinture radicale avec de grandes toiles monochromes.
En 1990, il expose au pavillon suisse de la Biennale de Venise. En 2003, une rétrospective est présentée au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne et au Kunstmuseum de St-Gall.
A voir au Musée d’art de Mendrisio (Tessin) du 14 mars au 17 mai 2009 avec une trentaine d’oeuvres, dont les fameux «Toblerones».
Le catalogue qui accompagne l’exposition, «Olivier Mosset», est signé Paola Tedeschi-Pellanda et Simone Soldini, Editions du musée d’art de Mendrisio.
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.