Paléo: j´y étais!
Mais qu'est-ce qui fait donc courir les festivaliers? Dans certains cas, le parcours relève de celui du combattant. Fiction en guise d'illustration.
Imaginez que vous êtes fan des «Famous Blue Bananas», célèbre groupe post-techno-trash, métissé cross-over. Bonheur! Ils sont programmés au Paléo Festival de Nyon. Vous décidez donc de vous y rendre. Première contrainte: il vous faut réserver votre billet plusieurs semaines à l’avance, car en ces temps de festivalite suraiguë, le geste spontané n’est plus de mise.
Le jour venu, après huit heures de labeur car les «Famous Blue Bananas» sont programmés en semaine, vous chaussez votre plus beau jean troué, vous vous tapez un solide embouteillage, vous vous garez à deux kilomètres du terrain, et vous vous offrez un nouveau bouchon à l’entrée.
Déjà fatigué, mais content quand même, vous constatez que vous avez un petit creux, et vous vous attaquez à un kebab vietnamien à la sauce à la menthe. Pas de chance, il est 20h30, toutes les tables sont prises. Vous reste donc une alternative: vous asseoir dans la boue s’il pleut, ou dans la poussière s’il fait beau. Vous êtes toujours content, mais moins.
Plongé que vous êtes dans une véritable extase gastronomique, vous réalisez soudain qu’il est grand temps de vous rendre au chapiteau, où sont programmées les fameuses bananes bleues. Malheureux! Là aussi, vous auriez dû être prévoyant! Comme vous n’êtes pas le seul à vénérer ce groupe redoutable, le chapiteau en question déborde de partout et de beaucoup. Impénétrable, qu’il est, le chapiteau.
Ravalant votre rancœur mélangée à deux, trois bières pour faire passer le goût, vous écoutez les FBB de loin, avec un son assourdi par les milliers de corps qui vous séparent d’eux. Question visibilité, vous n’apercevrez donc que la crête du bassiste, et encore, lorsqu’il fait des bonds.
De moins en moins content, vous vous rabattez sur la prestation de «Freddy et ses Fredettes», dont vous n’êtes pas vraiment fan, mais là au moins, on voit quelque chose. Après toutes ces aventures, il ne vous restera qu’à boire un dernier verre, et à vous offrir un ou l’autre bouchon en sens inverse.
Le lendemain, alors que vos oreilles bourdonneront encore, votre copain Jimmy vous demandera innocemment: «Alors, c’était bien, Paléo?» Et vous, sans hésiter, vous répondrez: «Ouais, super… tu te rends compte, j’ai vu les Famous Blue Bananas!»
Eh oui, Paléo, c’est comme les vacances, on n’a pas le droit de se planter. En villégiature au bord de la mer, qui donc enverrait une carte postale qui dirait: «Il y a trop de monde, il y a des bouchons partout, et le bungalow que j’ai loué donne sur le supermarché»? Mmmh? Qui?
Bernard Léchot
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