Plateform, un tremplin pour jeunes stylistes
Six jeunes talents de la mode suisse sont sous les feux de la rampe en cette fin de semaine à Genève.
Ils présentent leur collection à Plateform. Un tremplin médiatique. Et un premier pas, peut-être, vers une carrière.
L’événement est ‘glamour’. Vendredi et samedi, Plateform, le plus important rendez-vous de mode romand, réunit une poignée de jeunes stylistes suisses. Des talents émergeants qui concourent pour le Prix Credit Suisse d’une valeur de 15 000 francs.
Mais des créateurs renommés tels que Jasper Conran et quelques valeurs montantes internationales, défilent également.
Pour les six finalistes, c’est l’espoir, un jour, de jouer dans la cour des grands couturiers. C’est aussi le couronnement d’un long travail. Six mois, pendant lesquels, ils ont bichonné leurs collections.
Une ligne de plus sur un CV
Comme ses pendants alémaniques Bolero à Zurich, Gwand à Lucerne et Extravaganza à Berne, Plateform permet aux espoirs de la mode suisse de présenter leurs créations à la presse et au grand public.
Mais qu’advient-il ensuite de ces stylistes? «Ceux qui gagnent ces prix peuvent inscrire une ligne de plus dans leur CV, plaisante Stéphane Bonvin, rédacteur de mode au magazine Edelweiss et au Temps. Mais ça ne suffit pas à lancer une carrière.»
Les retombées de ces concours pourtant très médiatisés seraient donc aussi fugaces que la mode.
«Quelqu’un qui a réussi à monter une collection pour un concours a prouvé qu’il arrivait à organiser un show, explique Stéphane Bonvin. Mais il n’a pas pour autant montré qu’il savait vendre des vêtements.»
Et d’ajouter: «Des gens qui sont devenus des vedettes après ces prix suisses, je n’en connais aucun!»
«Les Vaudois, du label Nuit blanche, par exemple, ont tout gagné, Plateform et deux fois Bolero, dit le rédacteur de mode. Mais, lorsqu’ils sont retournés dans leur atelier, il a fallu qu’ils recommencent à zéro, qu’ils aillent voir des financiers, etc. Avant de pouvoir, finalement, réussir à commercialiser leur marque.»
Encore faut-il savoir ce que réussir veut dire. La plupart de ces stylistes ne font pas forcément carrière. Pourtant, ils vivent très bien grâce à leur clientèle particulière.
Par contre, pour eux, ces prix sont une carte de visite, une ouverture qui leur permet notamment de décrocher un stage chez un grand couturier.
Un cadre professionnel et international
«Ces concours constituent une première étape, confirme la directrice du magasine de mode zurichois Bolero. L’occasion de présenter une collection dans un cadre international, devant une centaine de médias et 2000 personnes.»
«Mais, relativise Martina Allenspach, c’est comme en musique classique, ça prend au moins dix ans pour être connu.»
«Nous tenons à offrir un encadrement à ces jeunes qui viennent, pour la plupart, de terminer leurs études, insiste-t-elle. Notamment, en leur ouvrant les portes de Fabrik Frontline qui fournit Christian Lacroix et Viviane Westwood.»
Côté création, comme côté distribution, l’événement rassemble le ‘who’s who’ de la mode helvétique. Raison pour laquelle les acheteuses de la chaîne de magasins Bon Génie ne rateraient pour rien au monde un seul de ces concours.
«Ca nous donne des idées, prétexte Claudia Torrequadra, chargée de communication du groupe Brunschwig (Bon Génie). Mais nous n’achetons pas. Les productions ne sont pas assez importantes pour nos boutiques.»
La demande ne manque pas
Cela dit, à en croire Magda Méan (Waste), les 15 000 francs du Prix Credit Suisse lui permettraient d’accroître sa production qui reste, pour l’instant, très artisanale.
«Je pourrais enfin payer une couturière, explique celle qui figure parmi les six finalistes de Plateform 2002. Les deux boutiques qui achètent mes pièces à Fukuoka au Japon en redemandent. A Genève aussi.»
Et de conclure: «Aujourd’hui, je ne peux pas tenir le rythme. Pour la simple et bonne raison que je dois tout coudre moi-même».
La Suisse ne manque pas de talents. Mais les fortes personnalités lui font peut-être défaut. «C’est une question de volonté, insiste Martina Allenspach. Mais ils ne savent plus se battre, tout est si facile chez nous.»
swissinfo/Anne Rubin
1991: le magazine de mode Bolero crée le Prix Bolero à Zurich.
1993: Gwand suit de peu à Lucerne.
1999: la Romandie accueille son premier concours de mode, Plateform.
2000: petit dernier, Extravaganza voit le jour à Berne.
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