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Saga Dard: rivalité, complicité puis succession

Patrice Dard, comme un air de famille. swissinfo.ch

En marge de l'ouverture du 16e Salon du Livre de Genève, rencontre avec Patrice Dard. Eclaircissements sur une succession littéraire.

Ce printemps paraissait «Corrida pour une vache folle», premier épisode des «Nouvelles aventures de San-Antonio», signées Patrice Dard.

Une succession amorcée avec «Céréales Killer» que Frédéric Dard, qui a habité plus de 30 ans en Suisse, avait dicté de son lit d’hôpital à sa femme Françoise, et que Patrice avait ensuite parachevé.

Un fils qui poursuit la saga littéraire créée par son père, la chose n’est pas banale. Et du côté de la famille Dard, la chose n’était pas gagnée d’avance.

Visage ovale. Regard clair et franc. Face à Patrice Dard, on ne peut s’empêcher d’apercevoir, en surimpression, Frédéric.

De la rivalité à la complicité

Dans les années 70, Patrice Dard avait déjà écrit de nombreux polars. Principalement sous deux pseudonymes: Vic Saint-Val et Alix Karol. Libre choix ou obligation?

«Pour Vic Saint-Val, c’était logique, car c’était une collaboration avec Gilles Maurice Dumoulin. Mais ensuite, quand j’ai lancé Alix Karol, j’aurais voulu écrire sous mon nom. Mais on m’a fait comprendre que ce n’était pas vraiment de bon goût, parce que ça risquait de créer une confusion. C’était la partie frustrante de ma jeunesse, le moment où j’ai commencé à sentir le poids de ce que représentait un père aussi connu, aussi adulé».

Entre père et fils, les relations n’ont donc pas été, à l’époque, au beau fixe. Mais Patrice Dard ne semble pas garder de rancœur, car un beau jour, la complicité a pris le dessus: «Les dix dernières années de la vie de mon père, on a vécu de grands moments, tout ce passé qui avait été un peu contraignant, désagréable, a été gommé par une amitié indescriptible.»

Patrice et Frédéric vont alors travailler ensemble sur plusieurs scénarios. Patrice adapte même deux San-Antonio pour une radio française: «J’ai fait 40 épisodes de 8 minutes, cela représente 800 pages d’adaptation de San-Antonio».

La fameuse «passation de pouvoir»

A-t-elle eu lieu officiellement? Frédéric Dard s’est-il exprimé clairement à ce propos ou non? Patrice Dard a le mérite de la franchise: «Clairement, non. Il y a deux éléments. A une ou deux reprises, il m’a dit: toi, tu pourrais continuer San-Antonio, tu as les qualités pour. Cela ne voulait pas dire ‘fais-le!’, mais ‘tu peux le faire’.»

«Et, d’autre part, alors qu’un journaliste de la télévision française lui demandait si San-Antonio finirait avec lui, il a répondu: ‘à moins que mon fils n’ait envie de reprendre, il en a les capacités, et dans ce cas-là, je l’encourage.’ Cela n’a jamais été au-delà de ça, et ce n’est évidemment pas lorsque j’ai travaillé avec lui, alors qu’il était très malade, qu’on a reparlé de ça. Cela aurait été très malvenu».

Corrida mimétique

Comme on a déjà pu le constater dans ces colonnes, «Corrida pour une vache folle» (Ed. Fayard) est une parfaite réussite en matière d’imitation. Un San-Antonio pur jus ou presque, avec donc, pour le lecteur, de réels instants de rire et de plaisir.

D’où ce sentiment étrange, pour qui aimait Frédéric Dard, de le faire cocu… «Il y a quelques personnes, celles qui appréciaient encore plus mon père que les San-Antonio, qui ont ce sentiment. Elles oublient seulement quand même que je suis son fils, son héritier, que cet univers appartient au patrimoine français, mais également au mien et à celui de mes sœurs».

Et d’ajouter: «Je reçois beaucoup de lettres de gens qui étaient très hostiles au principe, et qui me disent: ‘finalement, on est heureux de voir que ça continue. Mais ne vous croyez pas obligé de lui coller à la peau, laissez aller votre personnalité, on s’en accommodera et ce sera très bien comme ça’. Donc ça, c’est plutôt la démarche qui m’encourage.»

Quoi qu’il en soit, les plus heureux, ce sont indéniablement le gros Béru et son abominable Berthaga, la jolie Marie-Marie, le fiston Toinet et la tendre Félicie. C’est vrai, quoi, que seraient-ils devenus si plus personne n’avait été là pour raconter les aventures de leur Tonio?

swissinfo/Bernard Léchot

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