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Samuel Blaser, le monde comme terrain de jeu

Samuel Blaser, musique pointue et sens de l’humour. swissinfo.ch

De La Chaux-de-Fonds, il est parti à New York, puis à Berlin pour perfectionner et pratiquer son instrument, le trombone. Ce jazzman qui n’arrête pas de monter était récemment de passage en Suisse. Rencontre avec un globe-trotter atypique.

Le web et la presse spécialisée foisonnent de critiques élogieuses à son propos. Il s’en réjouit, tout en affirmant qu’il s’agit de garder un peu de distance, sinon il risque de ne plus travailler…

A vrai dire, au vu de la passion du bonhomme, de la multiplicité de ses engagements (il jongle avec les collaborations, tourne dans une multitude de formations, du solo au quartet), on l’imagine mal se reposer sur ses jeunes lauriers.

Il y a des musiciens, compassés, sectaires, élitistes… Tout le contraire de Samuel Blaser. Pratiquant une musique plutôt absconse pour le commun des mortels, une musique jouée à travers les circonvolutions d’un instrument relativement peu populaire, il en parle en ponctuant nombre de ses propos d’un grand rire, tout en s’intéressant à la prochaine tournée des Scorpions ou des Rolling Stones. Etonnant.

swissinfo.ch: Selon vos parents, vous auriez découvert le trombone en voyant une fanfare à deux ans! Entre la curiosité de l’enfant et la maîtrise du pro, comment a évolué votre relation à l’instrument?

Samuel Blaser: Aujourd’hui, mon trombone, c’est la prolongation de ma voix, une forme d’expression. C’est aussi lui qui me permet de gagner ma vie. Et c’est également mon compagnon, avec lequel j’ai une relation très forte. C’est presque ma femme en fait, une femme que je peux mettre en boîte quand je veux!

swissinfo.ch: Après vos études à La Chaux-de-Fonds, vous êtes parti pour une autre ville en damier, New York…

S.B.: J’ai pu aller à New York grâce à une bourse. C’était un rêve depuis tout petit: New York, c’est les photos en noir et blanc, les bouches d’égout qui fument, les clubs de jazz qui ferment à 8 heures du matin – même si le quotidien n’est pas toujours comme ça! J’y ai fait mon master de musique, puis j’y ai suivi encore une année de cours pratiques. Cela m’a donné l’occasion d’aller jouer en Californie, dans le nord, au Canada, en Amérique centrale…

swissinfo.ch: Vous en partez en 2008 pour Berlin… New York, c’est une ville qu’on quitte?

S.B.: Mon cœur est toujours là-bas! J’en suis parti pour des raisons financières. New York est extrêmement cher. Vivre là-bas, de cette musique là, c’est dur. Les clubs vous paient 50 dollars par soirée, ce n’est pas avec ça qu’on paie un loyer de 1600 dollars pour un 70 m2, même tout en haut de Manhattan, dans les rues dominicaines! Et comme j’ai obtenu une bourse du canton de Neuchâtel pour aller mener une recherche personnelle à Berlin pendant six mois, j’y suis allé. J’y ai commencé des études de composition.

Berlin, c’est gris. Et froid, ces jours. En réalité, je n’y suis pas beaucoup, étant en tournée deux à trois semaines par mois. Mais l’énergie y est, comment dire… un peu flasque. Comme la configuration de la ville est très étendue, l’énergie est un peu semblable, dispersée.

swissinfo.ch: Vous n’avez pas du tout la même lumière dans les yeux selon que vous parlez de New York ou de Berlin…

S.B.: A New York, l’énergie est incomparable. On se téléphone tous les jours pour aller jouer ensemble, même si c’est dans un appartement. On joue toute la journée, on prend le thé, on lit les partitions des autres, cela motive pour écrire d’autres choses…

Les tout grands jouent dans les clubs. A Berlin, il y a des clubs et de la bonne musique, mais ce n’est pas le même esprit. Les gens se battent moins. Un musicien annule par exemple une session… A New York, si on annule, on perd la place, le boulot, peut-être une tournée. Tout le monde est donc avide de rencontres.

swissinfo.ch: Selon votre site, vous évoluez quelque part dans ce ‘terrain fertile entre hard bop et free jazz’. Comment définiriez-vous ce ‘terrain fertile’?

S.B.: Un terrain de communication où chacun essaie de dialoguer avec l’autre en gardant une cohérence harmonique et rythmique, une sorte d’architecture parfaite à La Corbusier! (Il éclate de rire).

swissinfo.ch: Une définition qui peut étonner… Avec vous, on est très loin des rythmiques carrées et des harmonies bien rondes!

S.B.: C’est vrai que je pratique plutôt une musique spectrale. Des rythmes étirés, des harmonies plus longues. Si on accélérait par exemple le premier titre (18 minutes!) de mon dernier album, on repérerait sans doute mieux la mélodie.

Des gens ont trouvé ce morceau très froid et intellectuel. En fait, la mélodie se joue sur un simple mi mineur. Mais on étend les choses, et on attend que chacun puisse poser sa note. Ce sont comme des sortes de ‘statements’, de propos. On essaie d’aller à l’essentiel, sans dire trop: il y a beaucoup de musiciens qui jouent trop de notes, et beaucoup de ces notes sont à mettre à la poubelle, parce qu’elles n’ont pas de sens, elles n’apportent rien au dialogue. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt de travailler sur la note elle-même, sur la texture…

swissinfo.ch: Malgré la musique contemporaine et le free jazz, l’immense majorité de la population reste sensible à la mélodie, à l’harmonie, au rythme régulier… Les gens comme vous sont des extra-terrestres?

S.B.: Je vais dire quelque chose que je ne devrais pas: j’ai du plaisir à jouer cette musique, mais quelques fois, j’ai aussi de la peine à l’écouter! Je ne suis pas sûr qu’un jour on s’habitue à cette musique… c’est assez intellectuel, quand même. Personnellement, j’aime bien aussi les conventions de la musique. J’écoute beaucoup de rock, j’en ai joué, je joue régulièrement avec un groupe de reggae, j’ai grandi avec les Beatles et j’adore la musique folklorique!

Le disque que je viens d’enregistrer à Genève avec Gabriel Zufferey est un jazz assez conventionnel. Je me réjouis qu’il sorte, pour que les gens voient que je fais aussi autre chose. On met vite des étiquettes sur les artistes…

swissinfo.ch: Le grand projet 2010 pour vous, c’est un projet d’album qui mêlera musique baroque et jazz…

S.M.: C’est un très gros objectif. Je vais bientôt à New York pour y rencontrer le producteur de Sting, en espérant qu’il participera à mon projet. Pour le moment, il a l’air partant. Il y aura vraisemblablement de la musique de Scarlatti, de Marin Marais, je suis en train de faire actuellement les recherches.

Je me suis d’ailleurs acheté une sacqueboute, l’ancêtre du trombone. C’est marrant, parce que lorsqu’au conservatoire je devais jouer de la musique baroque, je détestais ça, je ne voulais faire que du jazz. Et maintenant, je me retrouve avec une sacqueboute dans les mains!

Bernard Léchot, Neuchâtel, swissinfo.ch

La Chaux-de-Fonds. Samuel Blaser est né en 1981 à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel.

Conservatoire. Il prend des leçons de trombone dès l’âge de 9 ans. Il entre au conservatoire de la ville à 14 ans, et en sort dûment diplômé en 2002, après y avoir pratiqué et la musique classique, et le jazz.

Formation pratique. En travaillant parallèlement avec différents orchestres, il aura eu l’occasion de jouer avec Phil Woods, Clark Terry, Jimmy Heath et d’autres.

Big bands. Suivra une formation privée, et des collaborations avec notamment le ‘Vienna Art Orchestra’ et le European Radio Big Band pour une tournée ‘Tribute To Oscar Peterson’ en 2005.

NY. Samuel Blaser s’installe à New York. Il y passe son master en musique et suit les cours du ‘Conservatory of Music at Purchase College’.

Groupes.Nombreux groupes et collaborations: avec le pianiste Malcolm Braff, ‘Braff Blaser Duo’, ‘Malcolm Braff & TNT’, avec le percussionniste Pierre Favre dans ‘Animal Forum’, avec le pianiste valaisan Gabriel Zufferey, le guitariste Marc Ducret, etc

Berlin. En 2008, le musicien quitte New York pour s’installer dans la capitale allemande.

CD. Dernier album en date: Samuel Blaser Quartet, «Pieces Of Old Sky», avec Todd Neufeld, Thomas Morgan, Tyshawn Sorey (Label: clean feed)

Pierre Favre & Samuel Blaser Duo (Pierre Favre: percussions, Samuel Blaser: trombone)

05.02: Jazz in Dachau, Dachau, Allemagne

06.02: Maison Blanche du Corbusier, La Chaux-de-Fonds

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