Tout le monde s’appelle «Titeuf»
Vendredi, jour de sa sortie suisse, ils seront nombreux à se ruer sur le 8e tome des aventures de Titeuf: «Lâchez-moi le slip!». Titeuf, le héros créé par Zep en 93. Tirage de cette édition: 550'000 exemplaires!
«C’est toujours dur de trouver un titre… Là, je crois que c’est un peu le climat général du bouquin. Comme toujours, je me suis replacé dans l’ambiance de mes dix ans, à l’école. Et je me suis souvenu que je m’y suis pas mal ennuyé, je trouvais ça long, j’avais envie de faire tellement d’autres choses… j’avais envie qu’on me lâche» explique Zep, 32 ans.
Car Titeuf n’est pas autre chose que le double du bédéaste genevois, qui plonge et replonge inlassablement dans son enfance pour en rapporter des images qui, chez les autres adultes, ont tendance à s’émousser. «Comme enfant, j’étais très rêveur, j’ai beaucoup imaginé, beaucoup observé. J’étais plus introverti que Titeuf. Les choses sont donc restées à l’intérieur. Et maintenant que j’ai ouvert la porte, elles reviennent. Et, la mémoire, c’est progressif: plus je vais chercher, plus je vais gratter, plus les images me reviennent», ajoute-t-il.
Et que nous disent-ils, ses souvenirs? La fraîcheur, la curiosité, l’incompréhension du monde des grands, ou plutôt sa compréhension partielle: ainsi en va-t-il du sexe, de l’ADN ou des sectes… Sans oublier une fascination pour le vomis-pipi-caca-morve-au-nez qu’un pédopsychiatre nous expliquerait sans doute très bien.
Ce huitième tome ne déroge pas à la règle: Zep frappe fort et avec beaucoup de justesse. Ainsi, lorsque Titeuf ne saisit pas ces adultes qui peuvent pleurer de bonheur. Ou quand il se rend à son premier rendez-vous galant avec Nadia, et que finalement, ce sont une bonne vingtaine de gamins qui, solidaires, se retrouvent dans le préau…
Pourtant, Zep n’est pas fleur bleue. Titeuf et ses copains sont à la fois généreux et cruels, sensibles et injustes, comme des vrais mômes. L’injustice, c’est d’ailleurs l’un des principaux moteurs de Zep. «Avec chaque album, je retrouve un peu plus l’enfant que j’étais à dix ans. Des sentiments très forts, comme le sentiment d’injustice par exemple. L’envie de changer le monde, parce qu’on trouve que le monde il est pô juste. Par exemple, quand Titeuf, à la cantine, ramasse les restes de flanc au caramel pour les envoyer à ceux qui ont faim, ce sont des choses que j’ai faites, sans avoir conscience que c’était ridicule. L’important, c’est l’intention qu’on a à cet âge-là, et de ne pas la perdre, même si, adulte, on sait qu’on ne changera pas le monde».
«Lâchez-moi le slip», on l’a dit, est tiré à 550 000 exemplaires. Un sondage récent a donné Astérix, Boule & Bill et Titeuf comme personnages BD préférés des Français. Les albums du gamin à la mèche blonde sont par ailleurs traduits en Allemand, Hollandais, Italien, Grec, Espagnol, Portugais, et ses aventures publiées dans plusieurs journaux d’Europe de l’Est. Un phénomène d’édition, comme on dit, et surtout un constat intéressant: Les reflets d’une enfance carougeoise peuvent éveiller des souvenirs d’enfances madrilènes, parisiennes, romaines ou berlinoises… A condition que le talent soit là pour donner vie à ces reflets. C’est indéniablement le cas avec Zep.
Bernard Léchot
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