Une éponge imbibée de surréalisme
A l'invitation de l'Association pour la danse contemporaine, Guilherme Botelho et sa compagnie Alias créent à Genève «Le Poids des éponges».
Le chorégraphe Suisso-Brésilien signe une pièce où la danse, festive et gymnique, libère les corps de leurs démons.
Patchwork d’impressions surréalistes, «Le Poids des éponges» participe du morcellement. Il n’y a pas de récit linéaire, à proprement parler, dans cette pièce chorégraphique signée Guilherme Botelho.
Mais une série de séquences simultanées, dansées ou parlées, exécutées par onze interprètes, tantôt en solos, tantôt en groupe, ou les deux à la fois.
Si un photographe tentait pendant le spectacle de cadrer le public de face, il obtiendrait l’image étrange d’une dizaine de regards divergents.
Un fil rouge finement tiré
Mais cette divergence est comme parcourue d’un fil rouge que Guilherme Botelho tire finement. Créée au théâtre du Grütli à Genève, sur invitation de l’ADC (Association pour la danse contemporaine), la pièce se structure autour d’une scène de famille.
Scène qui revient à trois reprises dans des conditions à chaque fois différentes. A chaque fois chargées d’un nouveau poids du réel qui fait déraper la querelle familiale, projetant le quotidien dans un univers surréaliste.
Il y a d’abord une dispute entre une mère et sa fille Camille, petit lutin indomptable. Il y a ensuite une prise de bec entre la mère, ménagère esquintée, et son mari qui n’en «fout» pas une. Il y a enfin une réconciliation qui s’effectue au prix d’un sacrifice.
Le sacrifice de Camille justement, ange déchu tombé dans les filets de quatre danseurs. Autant dire quatre apprentis-sorciers, habitants des enfers, qui manipulent la petite fille comme une marionnette.
On peut trouver dans le titre du spectacle l’une des clés qui donne accès au sens. «Le poids des éponges» serait ainsi le poids des corps chargés d’angoisses mais libérés de leurs démons grâce à la danse.
Une atmosphère de carnaval
Danse festive, d’une part, comme ces pas de deux ou ces roulades exécutées sur un rythme endiablé de samba, dans une atmosphère de carnaval. Comme aussi ces valses menées allègrement sur une musique célèbre de Domenico Scarlatti.
Danse gymnique, d’autre part, qui permet d’éliminer le stress. Comme dans ce magnifique final où des trombes d’eau descendant des cintres transforment les planches en piscine olympique.
Neuf danseurs y plongent donnant à leurs gestes et mouvements l’ampleur d’un ballet où chaque corps pèse son poids de fatalité.
swissinfo, Ghania Adamo
«Le Poids des éponges». Genève, Théâtre du Grütli; jusqu’au 17 mai. Tel:
022/328 98 78
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