Voltaire dans un huis-clos racinien
Hervé Loichemol met en scène «La mort de César», de Voltaire, à Ferney, la ville même où vécut l'écrivain français.
Avec «La mort de César» et «Brutus», le metteur en scène Hervé Loichemol poursuit le «dialogue» avec Voltaire dont il a déjà monté plusieurs textes à Ferney. Une toute petite ville aux portes de Genève où vécut l’écrivain français.
Deux tragédies donc – dont nous avons vu la première – jouées au Théâtre du Châtelard par la promotion sortante du Conservatoire de Lausanne. Soit huit élèves-acteurs tantôt très spontanés dans leur jeu, tantôt très timides, hésitant entre rire libérateur et désarroi retenu. Ce qui n’est pas étonnant pour des novices qui affrontent les vers de Voltaire comme une marée dont on aurait du mal à maîtriser le mouvement en son flux et reflux.
Les faiblesses du dramaturge
Il faut dire à leur décharge que l’écrivain s’épuise dans une démonstration où «La mort de César», loin d’apparaître comme la conséquence d’une tyrannie, ne dépasse pas le cadre d’un fait historique.
L’auteur de «Candide» reste très convaincant comme philosophe, beaucoup moins, en revanche, comme dramaturge. Il était admiratif de Shakespeare et Racine, mais il ne parvint pas à créer comme eux des personnages obsédés par une passion envahissante qui épuise leurs forces physiques et obnubile leur conscience jusqu’à l’anéantissement.
Aussi, le châtiment infligé à César par son fils Brutus est inversement proportionnel à la tyrannie supposée du général romain, nullement démontrée et analysée au début pour qu’elle soit justifiée à la fin. Ce qui nous donne sur scène un César (joué par l’actrice Charlotte Reymondin) porté par sa fragilité de père trahi bien plus que par son ambition du pouvoir.
Les choix de Loichemol
D’ailleurs les scènes intimes entre César et Brutus (Vincent David), où le père et le fils s’expliquent sur leurs liens familiaux, restent nettement plus convaincantes que les scènes politiques qui opposent le général et ses sénateurs.
A juste titre, Hervé Loichemnol donne à la pièce l’atmosphère d’un huis clos racinien où le Capitole devient l’antichambre de la mort. Soit un petit espace conçu par le décorateur Roland Deville, avec trois ouvertures sur un extérieur menaçant par où entrent et sortent les sénateurs. A la fois hommes du peuple et dangereux conspirateurs, ils sont pris en étau par leur désir de liberté et leur aveuglement.
swissinfo/Ghania Adamo
«La mort de César» et «Brutus», à Ferney-Voltaire (F), Théâtre du Châtelard jusqu’au 13 juillet. Tel: 00334 50 28 09 16
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