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Affaire Marc Rich: le faux pas du maire de Zurich

Grosse surprise chez les Socialistes: Marc Rich (à gauche) a bénéficié du soutien inattendu de Josef Estermann swissinfo.ch

Nouveau rebondissement dans l'affaire Marc Rich. Dans sa dernière édition, L'Hebdo révèle que six personnalités suisses ont apporté leur soutien à l'homme d'affaires dans sa demande de grâce auprès de l'ex-président américain Bill Clinton. Parmi elles, le maire socialiste de Zurich, Josef Estermann. Dont l'initiative laisse ses camarades de parti sans voix.

Outre la surprenante lettre de soutien de ce socialiste, Bill Clinton aurait reçu des missives signées par le marchand d’art et collectionneur Ernst Beyeler, les banquiers Michael de Picciotto et Pierre de Weck, l’ancienne rectrice de l’Université de Zurich Verena Meyer, et l’ex-président de la Croix-rouge suisse Kurt Bolliger.

Seul Romand figurant sur cette liste, Pierre de Weck confirme. A l’instar de Josef Estermann. Mais tous deux se refusent à tout autre commentaire.

Et pour cause, aux Etats-Unis de nombreuses voix dénoncent le pardon accordé à cet homme d’affaires très controversé, et inculpé de racket, fraude fiscale et violation de l’embargo américain contre l’Iran.

Installé à Zoug depuis 1983, le fugitif a tout tenté pour pouvoir fouler à nouveau le sol américain. Ancien conseiller juridique à la Maison Blanche, son avocat Jack Quinn a fini par rédiger une demande de grâce. Et c’est dans le dossier présenté à l’ancien président Bill Clinton que se trouvaient précisément les lettres de soutien rédigées par quelque 70 personnalités de nationalités américaine, israélienne et suisse.

Leur point commun: toutes vantent l’honnêteté et la droiture morale de ce négociant en matières premières, âgé aujourd’hui de 66 ans et domicilié à Meggen dans le canton de Lucerne.

Bill Clinton – qui a accordé son pardon à Marc Rich quelques heures avant la fin de son mandat présidentiel – a-t-il été convaincu par ces arguments? Ou bien par la générosité de l’ex-épouse américaine de Marc Rich qui a collecté des centaines de milliers de dollars au profit des Démocrates et de la campagne d’Hillary Clinton dans la course au Sénat?

Un chose est sûre: l’affaire Marc Rich a provoqué une nouvelle polémique aux Etats-Unis. Et des rebondissements inattendus en Suisse.

A commencer par l’étonnement que suscite la lettre du socialiste Josef Estermann qui qualifie l’homme d’affaires Marc Rich d’«honnête citoyen». Et le maire de Zurich d’ajouter, dans les colonnes du journal Blick, que «chaque être humain a droit au pardon». Surtout quand ce citoyen-là est un mécène qui contribue grandement au financement de l’Opéra, de la Tonhalle et de la communauté juive de Zurich.

Du côté des Socialistes, la pilule passe difficilement. Le Genevois Jean Ziegler estime que le geste du maire de Zurich est «totalement incompréhensible». Et de préciser: «je pense que Josef Estermann a été induit en erreur ou qu’il a subi des pressions très fortes de personnes riches et puissantes».

Même étonnement chez Reto Gamma. Pour le secrétaire général du Parti socialiste, le fait que Marc Rich ait donné beaucoup d’argent à Zurich explique probablement le geste de Josef Estermann. Mais Reto Gamma s’empresse d’ajouter que cela n’excuse pas son camarade.

Pour autant, les socialistes suisses n’interviendront pas. «C’est à la section zurichoise d’en parler avec lui», estime le secrétaire général du parti.

Enfin, pour Valérie Garbani, «il s’agit certainement d’une maladresse, dans la mesure où les Socialistes suisses se sont engagé à fond dans la lutte contre la criminalité économique.»

«Je reviens tout juste de Porto Alegre, lance la conseillère nationale socialiste neuchâteloise. Et ce qui me choque le plus, c’est que cette maladresse peut faire penser que le PS soutient ce que nous avons combattu au Sommet Social. A savoir le pouvoir des multinationales qui s’exerce au détriment du pouvoir de l’Etat. »

Et Valérie Garbani de conclure: « cela me confirme dans l’idée qu’il faut renforcer le rôle de l’Etat, pour éviter des dépendances à l’égard de tels mécènes.»

Caroline Zuercher

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