Asile: Zurich réclame davantage d’humanité
La ville de Zurich lance un «appel urgent» pour une «nouvelle politique de l'asile». Elle fait dix propositions dont un accès facilité au marché de l'emploi.
Zurich prend ainsi le contre-pied des cantons alémaniques qui demandent un durcissement en matière d’asile.
Ça ressemble à un coup de poing sur la table: la ville de Zurich demande que l’on cesse «enfin de stigmatiser les requérants d’asile tout en poursuivant une politique qui crée un environnement encourageant la criminalité.»
«Ce sont les mêmes personnes qui interdisent aux requérants de travailler et qui leur reprochent ensuite d’être paresseux», écrit l’exécutif zurichois dans sa prise de position.
L’allusion vise directement l’Union démocratique du centre (UDC) zurichoise, qui a publié il y a deux semaines des annonces fustigeant les étrangers qui ne travaillent pas.
Ces annonces avaient également suscité une réaction du président de la Commission fédérale contre le racisme Georg Kreis, qui dénonçait un message «faux et vexant.»
A majorité de gauche, l’exécutif de Zurich n’y va pas par quatre chemins. «Ce sont, écrit-il, surtout les villes et les communes qui supportent les conséquences sociales et financières d’une politique de l’asile erronée.»
Criminalité encouragée
La ville juge très sévèrement les dernières révisions du droit d’asile: «Pour décourager les requérants d’asile, on a, ces dernières années, non seulement durci les conditions d’accueil, mais aussi abaissé le niveau de vie des personnes vivant ici d’une façon qui n’est presque plus acceptable.»
L’exécutif évoque le peu de place laissé aux étrangers dans les centres d’hébergement et l’interdiction qui leur est faite, dans certains cantons, de travailler pendant douze mois alors que la Confédération a réduit ce laps de temps à trois mois.
Laissés à eux-mêmes pendant la journée, les réfugiés se rendent alors dans la ville d’à côté. «Les centres urbains sont ainsi devenus des structures d’accueil de jour pour les requérants hébergés aux alentours.»
Mais, trois francs par jour d’argent de poche, «ce n’est rien d’autre qu’une invitation à la petite criminalité», poursuit la ville dans sa prise de position. L’exécutif trouve dès lors même étonnant que si peu de requérants d’asile ne cèdent à la tentation de devenir criminels.
Report sur les villes
Et la ville de conclure: «Dans le domaine de la politique des étrangers, la Suisse se trouve aujourd’hui dans la même situation qu’au début des années 90 avec la politique de la drogue».
«Les villes et les communes doivent assumer les conséquences des décisions, tandis que la Confédération et les cantons se renvoient la balle mutuellement.»
Le conseil municipal a donc décidé de présenter «des propositions de solutions», qui permettraient à la Suisse de régler «raisonnablement et humainement» les mouvements croissants de migration.
Selon l’exécutif zurichois, les collectivités publiques pourraient même en retirer des avantages.
«Dix règles»
Ces propositions sont intitulées «dix règles pour une nouvelle politique suisse de l’asile». Elles vont du droit et même de l’obligation à travailler (qui pourrait financer le séjour des requérants) au droit à l’éducation pour les jeunes, en passant par l’encouragement à l’auto-organisation des personnes hébergées et au soutien mutuel entre compatriotes.
En outre, la ville de Zurich estime que la Suisse doit pouvoir rejoindre le plus vite possible les accords de Schengen et de Dubin sur l’asile. Les décisions d’asile devraient être rendues en l’espace de six mois et les requérants criminels immédiatement refoulés.
Zurich demande aussi que la Confédération et les cantons financent les prestations des communes. Pour cela, il est nécessaire de calculer «des forfaits réalistes».
Pour la municipalité, la révision en cours du droit d’asile ne va rien arranger, au contraire. C’est pourquoi elle demande la tenue d’une conférence nationale sur l’asile.
L’inquiétude grandit
«Dans le domaine de l’asile, la Suisse se trouve dans une situation d’urgence. L’initiative rejetée de justesse n’a pas seulement durci les débats autour de ces questions, elle a également amené un ton et un contenu essentiellement méchants.»
La métropole de la Limmat rejoint ainsi les préoccupations de la Commission fédérale des étrangers, qui s’est inquiétée mi-janvier de la dégradation des discussions politiques à l’égard des étrangers.
Interrogé par swissinfo, le sociologue zurichois Kurt Imhof craint lui aussi que les attitudes «anti-étrangers» n’augmentent «en période électorale et dans un contexte de manque de repères.»
Solutions simplistes
Les partis tels que l’UDC privilégient les solutions simplistes, dit-il. Les positions en noir ou blanc ont du succès dans une société qui a perdu toute orientation.»
Le sociologue constate un phénomène d’alternance: «Dans les périodes de crise, la tolérance diminue et dans les périodes de confiance en l’avenir, le thème des étrangers disparaît».
Un ton qui tranche
Le ton de la plus grande ville du pays n’en tranche que plus singulièrement avec les prises de position publiées ces dernières semaines en Suisse alémanique.
Les cantons d’Argovie, de Lucerne et de St-Gall ont ainsi écrit au Département fédéral de justice et police pour réclamer différentes mesures visant à durcir le droit d’asile.
Les Argoviens proposent notamment d’interdire l’usage des téléphones portables aux requérants soupçonnés de pratiquer le trafic de drogue. Les Lucernois, eux, étudient des mesures pour limiter la liberté de mouvement des requérants criminels ou «asociaux».
Conflit programmé avec le canton?
Mais, sur le plan cantonal, Zurich n’est pas en reste. La responsable de la police s’est en effet prononcée pour une surveillance accrue du courrier et des paiements des requérants d’asile.
On attend avec impatience la réaction de la démocrate du centre Rita Fuhrer aux propositions municipales.
swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich avec Alina Kunz Popper
-1,5 millions d’étrangers vivaient en Suisse fin 2001, soit 21,2% de la population.
-Le 24 novembre 2002, l’initiative de l’UDC «contre les abus dans le droit d’asile» a été rejetée par 4208 voix d’écart, bien qu’elle ait été acceptée par la majorité des cantons.
-Depuis, les cantons d’Argovie, de St-Gall et de Lucerne ont écrit à la Confédération pour demander un durcissement du droit d’asile.
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