Berne rappelle à l’ordre l’ex-chef des services de renseignements
L'ex-patron des services suisses de renseignements accuse ses anciens supérieurs de négliger le secteur du renseignement «de manière irresponsable». Le ministre suisse de la défense Samuel Schmid n'apprécie guère.
Mis à la retraite l’an dernier à la suite du scandale Bellasi (9 millions détournés par le comptable du Groupe ‘renseignements’ du Département fédéral de la défense), Peter Regli, ex-chef des services suisses de renseignement, règle ses comptes avec ses anciens employeurs.
Dans un article paru dans le dernier numéro de la revue de la Société suisse des officiers, il reproche au Département de la défense, aux ‘plus hauts responsables militaires de ce pays’ et à la classe politique suisse de ne rien comprendre aux nécessités modernes d’un service de renseignements. Il les accuse notamment d’avoir ‘bradé’ à des civils le principal service de renseignements du Département de la défense.
Le ministre se fâche
Le chef du Département de la défense, Samuel Schmid, n’a pas apprécié et dans une déclaration au quotidien ‘Blick’, il affirme qu’il regrette ce qu’il appelle ‘des inexactitudes intellectuelles de la part d’un homme par ailleurs capable’, ajoutant que ‘la primauté de la politique’ sera imposée, ‘que cela plaise ou non à Monsieur Regli’.
Samuel Schmid fait allusion à la décision prise l’an dernier par le gouvernement de faire des services suisses de renseignements un organe essentiellement civil. Notamment en enlevant à l’Etat-major général l’important ‘Service de renseignement stratégique’.
Regli ne fait pas dans la dentelle
Peter Regli n’a jamais aimé cette décision. Et maintenant qu’il ne dépend plus du Département de la défense, il ne se gêne pas pour la critiquer. ‘Critiquer’ étant en l’occurrence un euphémisme, le langage utilisé par Regli dans son article étant celui d’un militant. Regli qualifie ainsi ‘d’irresponsable’ la démilitarisation des services de renseignements, soulignant qu’en acceptant cette décision, ‘le haut commandement militaire de ce pays’ et la classe politique – qui aurait toujours, en la matière, manqué de ‘courage’ et ‘d’esprit de décision’ – s’est fait berner.
Regli met aussi en opposition ce qu’il appelle ‘l’ignorance’, terme par lequel il désigne l’état de sous-information d’un service de renseignements, et le ‘savoir’, qui caractériserait tout service de renseignement efficace. Or, selon lui, les services secrets suisses feraient clairement partie de la première catégorie et la Suisse serait même le seul pays européen ‘parmi tous ceux que je connaisse’ à ne pas avoir compris qu’en matière de défense, la supériorité (sur l’adversaire) dans le domaine du renseignement est primordiale.
Un principe que Regli résume, en anglais, par cette formule (qui est aussi le titre de son article): ‘Intelligence: first line of defence’ (soit à peu près: ‘en matière de défense, le renseignement doit être en première ligne’.)
Relents d’apartheid
Rappelons que le mois dernier, l’ancien chef du programme sud-africain de recherches en matières d’armes chimiques et biologiques, le Docteur Wouter Basson – qui comparaît actuellement pour meurtres devant un tribunal de son pays – a déclaré que Peter Regli l’avait aidé, en 1992, à acheter en Russie des substances chimiques permettant d’étourdir des manifestants. Peter Regli a démenti mais le Département fédéral de la défense a ouvert une enquête.
Michel Walter
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