La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Ce gangster qui devint peintre en prison

Angelo Donadoni, «Gangsterino». Nina Crole-Rees

La biographie sur Angelo Donadoni «Gangsterino» sort début juin dans les librairies de Suisse et de France. Elle retrace un destin hors du commun.

C’est la cinéaste vaudoise Denise Gilliand et le journaliste de la Radio suisse romande Alain Maillard qui ont écrit la biographie romancée de ce gangster mafieux milanais devenu peintre dans l’Etablissement pénitencier de la Plaine de l’Orbe.

«La trajectoire d’Angelo Donadoni est représentative de ce qu’était le monde de la criminalité en Europe dans les années 1970-80, raconte Denise Gilliand. Elle décrit aussi l’univers carcéral et relève les difficultés de réinsertion pour un détenu de longue durée».

En 1994, déjà, Denise Gilliand avait tourné un film documentaire sur Angelo Donadoni: «Mon père, cet ange maudit». Qui avait recueilli un succès international. Restait alors un trop plein de matériel qui a donné à la cinéaste l’envie d’en écrire un livre.

«Gangsterino» est basé sur les souvenirs que confie Donadoni à Denise Gilliand au cours de longues interviews au parloir de la prison de Bochuz. A partir aussi de dossiers de justice que l’enquêtrice a obtenu auprès des avocats de Donadoni. Et d’après le témoignage d’amis et complices proches de celui qui fut le bras droit d’un puissant mafioso à Milan.

Pour deux ans, son destin bascule

«Si la Suisse n’avait pas décidé de le mettre en liberté conditionnelle deux ans avant la fin de sa peine, Angelo Donadoni aurait pu continuer à peindre dans le pénitencier de Bochuz. Et surtout, Donadoni n’aurait plus eu à faire de prison, car prescription il y avait à l’issue des deux ans».

Or, paradoxalement, sa sortie prématurée pour bonne conduite en Suisse lui a valu d’être rappelé par l’Italie qui, elle, lui fit purger cinq autres années de détention.

Mais, en prison en Italie, Donadoni n’a plus pu peindre comme le service socio-éducatif du pénitencier urbigène lui en avait donné la possibilité.

Coup de cœur pour ses toiles

«J’ai eu un coup de cœur pour ses tableaux», raconte Denise Gilliand. La cinéaste est la première à avoir exposé les œuvres de Donadoni dans son studio de production. A partir de là, une vingtaine d’autres expositions en Romandie ont fait connaître Donadoni comme un peintre prometteur.

«Au départ, le public était intéressé par l’étiquette du peintre détenu, précise Denise Gilliand. Son passé de gangster international a, reconnaissons-le, facilité la vente de ses toiles».

Reste que «au travers de sa peinture, Donadoni a pu libérer ses émotions et surtout changer positivement son image. Autodidacte, Donadoni a quasi inventé une nouvelle technique picturale. Son style, original, oscillait entre Dali et Druillet. Dans des couleurs vives et un contenu fantasmagorique, où, au fil du temps, sont apparus des personnages».

Lourd passé

Angelo Donadoni est né dans l’Italie du Nord d’après-guerre. Son père ne l’a pas reconnu. Sa mère était prostituée. A 13 ans, il fut placé en maison de redressement. Puis, très vite, il s’est retrouvé dans la rue et a commis des vols pour survivre.

«Avec un tel passé, comment pouvait-il devenir autre chose qu’un truand?», s’interroge Denise Gilliand dans son livre. Sa peinture a bien failli lui donner une seconde chance dans la vie. Mais le système carcéral italien et de graves ennuis cardiaques auront eu raison de sa peau.

swissinfo/Emmanuel Manzi

«Gangsterino»/édition Factuel: distribué en Suisse par Diffulivre/Hachette et en France par Sodis/Gallimard.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision