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Le vote sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» scruté à l’international

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Pour sa campagne, l’UDC a renoncé cette fois aux visuels provocateurs afin de séduire au-delà de son électorat traditionnel, relève la presse internationale. Keystone / Christian Beutler

À moins de deux semaines de la votation, l’initiative de l’UDC visant à plafonner la population suisse suscite déjà une attention médiatique supérieure à la moyenne à l’étranger. Les médias internationaux soulignent l’originalité de la proposition, tout en adoptant parfois un regard critique sur ses conséquences potentielles.

L’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» a un écho international qui dépasse le cadre habituel d’une votation helvétique. De nombreux médias étrangers expliquent de manière factuelle la proposition de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice). Le texte soumis au vote populaire le 14 juin entend plafonner la population à 10 millions de personnes d’ici 2050, en restreignant fortement l’immigration.

Le caractère inédit de la mesure joue un rôle important dans l’intérêt particulier que suscite l’initiative. Le magazine américain TimeLien externe met l’accent sur cet aspect: «Si elle est adoptée, la limite démographique fixe de la Suisse pourrait être la première du genre à être inscrite dans la loi».

Time constate que d’autres pays ont mis en œuvre des politiques visant à limiter la croissance démographique, en restreignant l’immigration ou en contrôlant – par le passé – le taux de natalité. «Ces politiques sont aujourd’hui largement considérées comme racistes et discriminatoires», commente toutefois le magazine.

>> Le plafonnement de la population suisse exigé par l’UDC est-il un projet inédit? Notre article sur le sujet:

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«Un sentiment anti-étrangers croissant en Europe»

Toujours outre-Atlantique, le New York TimesLien externe estime que le vote suisse sur un plafonnement de sa population «illustre à quel point le sentiment anti-étranger s’est durci en Europe depuis la crise migratoire qui a secoué le continent il y a dix ans». Le quotidien relève que les gouvernements européens ont également durci leurs politiques d’immigration en 2015-2016, «lorsque plus d’un million de personnes fuyant la guerre et la pauvreté sont arrivées par bateau sur les côtes du continent».

Le quotidien québécois La PresseLien externe donne la parole à un expert, qui y voit «un inquiétant glissement en ce qui a trait au droit d’asile». Spécialiste des questions migratoires, Baptiste Jouzier qualifie le cas de la Suisse de «surprenant», car le pays est enclavé géographiquement et n’hésite pas à recourir au règlement de Dublin, lui permettant de renvoyer les demandeurs d’asile vers le premier pays d’entrée dans l’espace Schengen.

Il ajoute que «la campagne agressive menée aux États-Unis par l’administration du président Donald Trump contre les migrants» s’inscrit dans la même tendance.

«La vieille idée suisse du ‘bon étranger’»

Au sein de l’Union européenne, les médias allemands s’intéressent à la stratégie de l’UDC. Die ZeitLien externe reproche au plus grand parti de Suisse de vouloir revenir au système des contingents et au statut de saisonnier injuste et basé sur l’exploitation, en vigueur dans la seconde moitié du XXe siècle au sein de la Confédération. «L’UDC ravive la vieille idée suisse du ‘bon étranger’: il vient quand on a besoin de lui – puis il repart. Il est travailleur, interchangeable, privé de droits», écrit le journal allemand.

Der SpiegelLien externe identifie deux différences importantes par rapport aux autres votations sur la politique migratoire que l’UDC a remportées, malgré l’opposition de tous les autres partis. Cette fois, ce ne sont pas seulement les demandeurs d’asile qui sont visés, mais également la main-d’œuvre hautement qualifiée en provenance de l’Union européenne, qui représente la majeure partie de l’immigration nette.

L’hebdomadaire allemand constate aussi un changement de ton. L’UDC mise sur une stratégie plus prudente, afin de convaincre en dehors de son électorat traditionnel. «Le parti renonce aux affiches anti-étrangers agressives représentant des brebis galeuses ou des agresseurs au couteau. Il met plutôt l’accent sur des thèmes de politique sociale tels que la hausse des loyers ou la surcharge des infrastructures», détaille le journal.

>> Notre article explicatif sur l’initiative de l’UDC:

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Sans migration, que deviennent les économies européennes?

D’autres médias se concentrent sur les conséquences d’une résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE, prévue en dernier recours par l’initiative.

The GuardianLien externe relaie les inquiétudes de l’économie. Il note que les multinationales comme Roche, UBS et Nestlé craignent qu’une acceptation du texte ne mette en péril le paquet d’accords bilatéraux négocié avec Bruxelles, «sur lequel repose une grande partie de la prospérité de la Suisse». Le journal britannique rappelle aussi que «de nombreuses entreprises suisses dépendent de travailleurs de l’UE, sans lesquels elles devront délocaliser à l’étranger, ce qui affectera les recettes fiscales et les services».

Le quotidien conservateur serbe NovostiLien externe estime que l’initiative met en lumière un dilemme auquel est confrontée l’Europe: l’immigration soutient-elle l’économie ou transforme-t-elle l’État lui-même?

Si l’initiative attire l’attention à l’international avant même le vote, c’est, selon le journal, parce qu’elle fait émerger des enjeux dont de nombreux gouvernements «parlent avec prudence, mais de plus en plus fort»: les économies continentales peuvent-elles se passer de migration? Et surtout: jusqu’où les sociétés sont-elles prêtes à changer pour la maintenir?

Un autre quotidien conservateur, La GacetaLien externe espagnole, considère que ce débat «met une fois de plus en lumière le fossé entre les élites économiques et une partie croissante de la population, préoccupée par les conséquences matérielles de l’immigration massive». Le journal suggère ainsi que l’immigration profite avant tout à l’économie.

Bloomberg met également en avant les tensions sociales liées à la croissance économique. Selon l’agence de presse américaine, malgré la richesse du pays, un ressentiment persiste: tous n’ont pas le sentiment de recevoir une part équitable du gâteau. «Derrière les vitrines de luxe, les lacs immaculés et les montagnes enneigées, cela alimente un rejet des immigrés», estime Bloomberg.

«La recette du désastre»

D’autres médias s’interrogent sur la possibilité d’introduire un plafonnement de la population dans leurs propres pays. C’est le cas du Luxembourg TimesLien externe qui a sondé les principaux partis luxembourgeois sur la question. Résultat: la plupart des formations politiques considèrent que suivre l’exemple de la Suisse «serait la recette du désastre», redoutant un impact négatif sur la croissance économique.

Un représentant des milieux économiques, interrogé par le quotidien anglophone, va même plus loin: «Ce serait une dystopie, car cela reviendrait à faire exactement l’inverse de ce qu’il faut faire». Seul l’ADR, parti de droite conservatrice, estime que le peuple luxembourgeois devrait également se prononcer sur des «limites démographiques à long terme».

Texte relu et vérifié par Samuel Jaberg

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