Des médecins qui voient rouge
Les médecins-assistants ont protesté jeudi dans toute la Suisse contre un moratoire qui prévoit l'interdiction d'ouvrir de nouveaux cabinets durant trois ans.
Rouge. C’est la couleur que l’Association des médecins-assistants et chef de clinique suisse (ASMAC) avait proposé à ses membres pour signifier leur colère. Particulièrement lors de cette journée d’action nationale contre le moratoire prévu par le gouvernement suisse.
Concrètement, le 3 juillet, le Conseil fédéral pourrait décider de geler, d’une manière temporaire, l’ouverture de nouveaux cabinets médicaux. Une mesure qui devrait durer 3 ans. Et qui est censée freiner la hausse des coûts de la santé.
Un projet beaucoup trop rigide
Mais ce règlement risque également de boucher l’avenir professionnel des médecins-assistants, selon l’ASMAC.
L’association doute de l’efficacité de ce projet d’ordonnance. Qu’elle juge «trop rigide et insuffisamment réfléchi.»
Un point de vue que les médecins-assistants et d’autres professionnels de la santé comptaient largement diffuser en protestant jeudi dans toute la Suisse.
Aux quatre coins du pays
A Lausanne, 500 à 600 médecins ont manifesté jeudi matin à partir du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Et près de 400 médecins provenant de toute la Suisse romande se sont retrouvés jeudi en fin d’après-midi dans les rues de Lausanne, en scandant le slogan de «Liberté de travailler».
A Genève, l’Association des médecins d’institutions (AMIG) avait demandé tous les professionnels de la santé à participer à une «marche de protestation». De 1000 à 1500 prestataires de soins ont répondu à l’appel.
Les blouses blanches fribourgeoises ont fait la grève pendant une heure. Et en Valais, les médecins assistants ont débrayé durant trois heures dans tous les hôpitaux.
A Delémont, un débrayage d’une demi-heure a réuni une trentaine de personnes. Et, dans le canton de Neuchâtel, des manifestations avaient été prévues à l’hôpital de La Chaux-de-Fonds et à celui des Cadolles, dans le chef-lieu.
Enfin, le mouvement a également été largement suivi en Suisse alémanique. A Zurich toutefois, les médecins ont renoncé à débrayer. Mais ils ont tout de même arboré une pièce de vêtement rouge en guise de solidarité.
Un moratoire anticonstitutionnel
La clause du besoin pour les médecins est une mesure inconstitutionnelle, inefficace et contre-productive, dénoncent trois professeurs d’université qui ont eux aussi manifesté leur opposition au projet du Département fédéral de l’intérieur.
Le blocage des autorisations de pratiquer frappe exclusivement le groupe des jeunes médecins, soulignent Pierre Dayer (président du collège des chefs de service des Hôpitaux universitaires de Geneve), Peter Suter et Andreas Auer, respectivement doyens de la faculté de médecine et de droit de Genève.
Pour eux, cette discrimination est contraire à la constitution fédérale. Elle déroge aussi à la liberté économique garantie par la constitution. Et elle viole l’esprit, sinon de la lettre, de l’accord sur la libre circulation des personnes conclu avec l’Union européenne.
swissinfo avec les agences
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