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Droits de l’homme: Genève a vécu sa journée des présidents

Moritz Leuenberger (à gauche) avec le président français Jacques Chirac, ce vendredi à Genève. Keystone

Genève a connu vendredi une journée particulière avec le passage de quatre chefs d'État, Jacques Chirac, Vojislav Kostunica, Joseph Kabila et Moritz Leuenberger. Accompagnés de Kofi Annan, ils s'adressaient à la Commission des droits de l'homme.

Il n’arrive pas souvent à la Commission des droits de l’homme de voir en une matinée défiler plusieurs présidents à sa tribune. Et d’écouter un condensé de discours venus d’en haut, mêlant propos philosophiques et justifications diplomatiques, indignations retenues et déclarations de bonnes intentions.

Le suisse Moritz Leuenberger et le français Jacques Chirac, ont partagé à peu près la même longueur d’ondes, disant ne vouloir faire la leçon à personne mais réaffirmant clairement la nécessité d’une éthique véritablement universelle.

Le premier insiste sur le fait qu’après avoir globalisé l’économie, il faut globaliser aussi la responsabilité politique, économique et sociale. Le second, lui, choisit de faire un rapide inventaire de situations qui réclament des mobilisations urgentes.

Le président français dit sa révolte contre la torture, les disparitions forcées, la misère et le racisme. Il s’inquiète des dérapages sur Internet, des menaces de clonage humain et des remises en cause des engagements internationaux pour la protection de l’environnement.

Mais, du discours de Jacques Chirac, on retiendra surtout l’appel à «l’abolition universelle de la peine de mort, dont la première étape serait un moratoire général». En aucun cas, dit-il, la mort ne peut constituer un acte de justice, nulle justice n’est infaillible.

Changement de ton avec le yougoslave Vojislav Kostunica et le congolais Joseph Kabila. Tous deux, par des chemins tortueux, viennent d’arriver à la tête de pays qui ont en commun d’avoir traversé de longues périodes de désordres et de conflits pas encore vraiment éteints.

Tous deux jurent de leurs bonnes intentions. Ils feront tout leur possible pour mettre en pratique les principes démocratiques et tenir leurs engagements internationaux dans le domaine des droits fondamentaux de la personne.

Mais par quoi commencer, semble se demander le président Kostunica, confronté à la fois à des données ethniques et culturelles complexes qu’il faut résoudre au plus vite et à des besoins vitaux et urgents de toute une population plongée dans les difficultés économiques?

Le président Kabila a beau annoncer pour très bientôt une conférence nationale sur les droits de l’homme, il n’a pas toutes les clés des problèmes. Une partie du territoire congolais est encore sous occupation étrangère, les massacres passés et actuels sont impunis, les ressources naturelles sont pillées, la population vit au jour le jour.

Les quatre présidents ainsi que le secrétaire général des Nations unies auront en tout cas mis à profit cette journée pour multiplier apartés et conversations bilatérales. Moritz Leuenberger les a d’ailleurs rencontrés un à un.

Avec Joseph Kabila, il a été question entre autres de la récupération des avoirs de Mobutu bloqués en Suisse. Le président de la Confédération se souvient qu’à l’époque où il était avocat il avait défendu les intérêts des Philippines dans l’affaire des fonds Marcos.

Il était donc bien placé pour attirer l’attention du chef de l’État congolais sur la nécessité de suivre les procédures prévues par le droit suisse, notamment de formuler une plainte en bonne et due forme pour obtenir l’entraide judiciaire.

Quant à Jacques Chirac, il a rassuré Moritz Leuenberger sur sa lecture du récent vote suisse sur l’Europe. L’interprétation française s’aligne sur celle du Conseil fédéral. Le non a été compris comme un refus de négociations immédiates et non d’une adhésion à terme.

L’analyse des deux présidents converge également s’agissant du refus américain de s’engager dans le Protocole de Kyoto. Mais, de part et d’autre, on ne se contente pas de dire sa déception, on affirme le devoir de lutter efficacement pour la protection de l’environnement. Le développement durable, dit-on, fait aussi partie des droits de l’homme.

Bernard Weissbrodt

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