Face aux critiques, le Conseil fédéral justifie les mesures de sécurité prises à Davos
Plusieurs conseillers fédéraux ont passé le week-end dans la station grisonne, accumulant les rencontres en marge du Forum. Mais ils ont aussi défendu le dispositif policier mis en place pour empêcher toute manifestation. Des mesures très controversées.
«Je préfère avoir des mesures de sécurité qui évitent des blessés, que d’avoir des troubles. Il faut d’abord assurer la liberté de réunion et puis ensuite la liberté de manifester pour empêcher la réunion».
Voilà comment Pascal Couchepin, ministre suisse de l’Economie, a justifié ce dimanche l’opération de police sans précédent mise sur pied pour préserver la réunion annuelle du Forum économique mondial de toute perturbation. Objectif atteint à Davos, où seuls quelque 300 antimondialisations sont parvenus à manifester.
Mais cela n’a pas empêché des centaines d’autres manifestants, frustrés de se voir refuser tout accès à la station grisonne, de déverser leur colère dans plusieurs villes de Suisse, en particulier dans les rues de Zurich, où les heurts ont fait plusieurs blessés et d’importants dégâts matériels.
«Des événements qui m’ont profondément bouleversé, a commenté le président de la Confédération, Moritz Leuenberger. Et ces images, que j’ai vues, donnent en fait la réponse à la question de savoir si les mesures prises étaient disproportionnées ou non».
Le gouvernement suisse n’a donc rien à redire quant à la manière dont la sécurité a été assurée à Davos. Pourtant, les critiques s’accumulent. Ainsi, pour le chef du groupe socialiste aux Chambres fédérales, Franco Cavalli, l’Etat de droit a été foulé aux pieds. Il a l’intention de demander une enquête parlementaire sur l’attitude de la police.
Mais c’est aussi l’image de la Suisse à l’étranger qui risque de souffrir des événements de ce week-end. Ainsi plusieurs représentants d’organisations non-gouvernementales, invité par le Forum, ont dénoncé, samedi déjà, l’attitude des forces de police et l’interdiction faite aux opposants à la mondialisation de manifester.
L’Américain Jeremy Rifkin a rappelé ce dimanche que, pour lui, le devoir du gouvernement suisse aurait dû être de garantir la liberté d’expression de tous. «Le risque de violences, a-t-il dit, n’était pas une excuse valable».
«C’est le premier forum international où un gouvernement hôte déclare à des gens qui veulent manifester: vous ne pouvez pas vous rassembler pacifiquement», a ajouté Jeremy Rifkin, en insistant sur sa crainte de voir ce qu’il considère comme un précédent se répéter ailleurs dans le monde.
Pierre Gobet, Davos
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