Fort Davos ne tombera pas
La coordination anti-OMC n'est pas revenue sur son appel à manifester samedi à Davos. Mais le dispositif sécuritaire mis en place par les autorités grisonnes risque bien d'empêcher un grand nombre de manifestants d'atteindre la station de ski.
La coordination anti-OMC avait promis des actions durant toute la durée du Forum économique de Davos (WEF). Elle avait également exprimé son intention de perturber sa tenue et d’empêcher ses participants d’y accéder.
Jusqu’à la veille de la manifestation de samedi, aucune action d’envergure ne s’est pourtant produite. Et pour cause: les centaines de policiers et de soldats qui quadrillent Davos et les routes d’accès à la station ont refoulé systématiquement les personnes soupçonnées de vouloir semer le désordre.
Selon Daniel Reist, l’un des porte-parole des forces de sécurité, au moins cent personnes ont été refoulées par les forces de l’ordre depuis le début du Forum. Daniel Reist précise également que les douaniers helvétiques ont repoussé une centaine de présumés manifestants venus principalement de France et d’Italie. En outre, les chemins de fer locaux (RhB) ont décidé de suspendre durant toute la journée de samedi le trafic ferroviaire sur les lignes menant à la station grisonne.
Quatre militants de l’organisation écologiste «Les Amis de la Terre», ont tout de même réussi à manifester vendredi à proximité du palais des congrès où se tient le WEF. Sous les regards et les caméras d’une foule de journalistes, ils ont distribué quelques tracts avant d’être immédiatement interpellés par la police.
Selon Daniel Reist, ces mesures n’enfreignent pas le droit suisse: «les personnes refoulées avaient sur elles du matériel pour la manifestation qui a été interdite». Mais Lara Cataldi, du contre-forum qui se tient à Davos affirme, elle, que de nombreuses personnes désirant simplement suivre cette réunion n’ont pu franchir les barrages policiers. Elle rapporte également les cas de plusieurs personnes qui ont été interrogées longuement, photographiées et dont les documents comme leur carnet d’adresses ont été photocopiés.
Une bavure a même été reconnue par la police. Un des orateurs du contre-forum, portant le cheveu long, a été empêché jeudi de se rendre dans la station et immédiatement refoulé aux Pays-Bas, son pays de résidence. «C’est une erreur», reconnaît Daniel Reist.
Le juriste kurde qui a été refoulé compte bien porter l’affaire devant la justice. Les organisateurs du contre-forum envisagent également des actions judiciaires. Pour l’heure, ils répertorient les cas qui arrivent à leur connaissance et décideront sur la base de ces témoignages de porter plainte ou non.
Reste qu’aucune violence ne semble avoir été commise à l’encontre de supposés agitateurs. Il pourrait en être autrement samedi, si quelques casseurs réussissent à passer entre les mailles du filet policier. Mais Daniel Reist affirme que les forces de l’ordre ont reçu la consigne d’intervenir avec mesure.
Les personnes qui réussiront à atteindre le point de départ de la manifestation ne devraient donc pas être d’emblée dispersées par la police. Elles seront par contre tenues à bonne distance du Forum économique mondial. Dans un sursaut de lucidité, les forces de l’ordre ont par contre renoncé à utiliser des canons à purin pour disperser la manifestation. Daniel Reist invoque des raisons éthiques pour justifier ce geste d’apaisement.
Frédéric Burnand, Davos
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