Forum économique mondial: la manifestation sera bel et bien sauvage
La justice grisonne vient de confirmer la décision de la municipalité de Davos d'interdire la manifestation prévue samedi contre le Forum. Mais la marche aura sans doute lieu. Et ses organisateurs sont prêts à porter l'affaire devant le Tribunal fédéral.
Une demande d’autorisation à manifester au centre de la ville, en plein milieu de la réunion annuelle du Forum économique mondial, avait été déposée par la section zurichoise du Parti du Travail, au nom de la Coordination anti-OMC, un groupement opposé à la tenue du Forum.
Fin décembre tombait la décision de refus des autorités de Davos. Pas de surprise, puisqu’elles avaient déjà repoussé, l’an passé, une requête semblable. Motifs avancés par la municipalité: la présence de personnalités particulièrement menacées, l’exiguïté des lieux et les risques de débordements.
Et les autorités ont eu beau jeu de rappeler ce qui s’était passé en janvier dernier: un millier de personnes avaient bravé l’interdiction de manifester et les casseurs étaient entrés en action. Bilan: des dégâts matériels et deux policiers blessés.
Des risques que le Tribunal administratif du canton des Grisons souligne lui aussi en rejetant le recours déposé par les organisateurs. Selon les juges, les appels répétés à une large participation à la manifestation prévue cette année et même à la violence justifient la prudence affichée par les autorités.
La municipalité de Davos se trouve donc confortée dans sa position. Elle a d’ailleurs, mardi, immédiatement fait part de sa satisfaction. Réaction évidemment opposée dans le camp des organisateurs, qui maintiennent, malgré la décision du Tribunal administratif, leur mot d’ordre pour samedi.
Leur représentant, Viktor Györffy, l’a d’ailleurs confirmé à swissinfo: un recours va être déposé auprès du Tribunal fédéral. L’avocat zurichois reproche en particulier aux juges de n’avoir pas examiné quelles autres possibilités s’offraient aux autorités pour satisfaire les demandes des manifestants.
Il est vrai que le droit à se réunir et le droit à exprimer ses opinions sont fondamentaux dans une démocratie. Les réunions sur le domaine public sont soumises à autorisation, mais les autorités ne disposent pas d’une marge d’appréciation illimitée.
«Il leur appartient de faire une pesée des intérêts, explique Giorgio Malinverni, professeur de droit à l’université de Genève. Il y a d’une part le droit pour les manifestants d’exprimer leurs idées. Mais les autorités doivent aussi veiller au respect d’autres droits fondamentaux, je pense en particulier aux biens qui risquent d’être endommagés».
Mais les autorités de Davos n’ont-elles pas adopté la solution de facilité, en interdisant purement et simplement la manifestation? «Dans la mesure où l’Etat peut mettre à disposition des forces de police suffisantes pour faire face au danger qu’implique une manifestation, répond Giorgio Malinverni, il faudrait éviter de l’interdire. Il faudrait l’autoriser, quitte à la soumettre à certaines conditions».
Pierre Gobet, Zurich
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