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«Il faut voir plus loin que demain»

Stéphane Oberer: "un pays comme la Suisse devrait posséder cinq joueurs parmi les cinquante meilleurs mondiaux." swissinfo.ch

Ancien directeur technique de Swiss Tennis, Stéphane Oberer a pris ses distances avec le tennis professionnel, mais il a conservé son œil critique.

Lors du camp d’été pour jeunes qu’il organise depuis dix ans, il a fait part de ses idées à Mathias Froidevaux.

Stéphane Oberer aime toujours le tennis. Tellement qu’il continue de transmettre sa passion par l’intermédiaire d’un camp pour jeunes, qu’il met sur pied chaque année.

C’est donc une raquette à la main, au sortir d’un court en dur du Holmes Place Sports Club français de Veygi (à la frontière genevoise) qu’il a accepté de revenir sur sa longue expérience dans le monde du tennis professionnel et sur l’évolution de ce sport en Suisse.

Entraîneur de Marc Rosset durant onze ans, capitaine de l’équipe de Suisse de Coupe Davis (1993 à 1998) et directeur technique de Swiss Tennis de 1999 à 2001, Stéphane Oberer a tout connu. Des hauts comme des bas.

Dans ses relations avec Marc Rosset, mais aussi dans le cadre de ses fonctions au Centre national de Bienne.

Cibles de nombreuses attaques de la presse alémanique à propos de ses points de vue et de ses décisions, mais aussi concernant ses activités lucratives en dehors de ses fonctions, il avait été lavé de toutes les accusations portées contre lui suite à une enquête menée sur l’ordre du Comité central de Swiss Tennis.

C’est donc en bons termes, et bien que confirmé dans ses fonctions par ses dirigeants d’alors, qu’il avait quitté son poste fin 2001 pour relancer sa carrière dans le domaine de la finance.

swissinfo: Vous travaillez désormais pour une banque privée. Le seul lien qui vous rattache au tennis est donc ce camp d’été pour jeunes que vous dirigez durant trois semaines?

Stéphane Oberer: Effectivement. Cela fait maintenant dix ans que ce camp existe. Malgré ma reconversion professionnelle, j’ai conservé cette activité en lien avec le tennis car c’est un peu mon bébé. Une aventure commencée avec Bob Brett (ancien coach de Boris Becker, NDLR).

Ici, le but est de permettre aux enfants – plus de 100 par semaine, venant du monde entier – d’acquérir des notions fondamentales de tennis aussi bien au niveau technique que physique. Près de quinze entraîneurs travaillent à mes côtés pour offrir des cours de qualité.

Dans le cadre de mes fonctions professionnelles, j’ai encore de très bons contacts avec des joueurs de tennis. Mais c’est dans un autre domaine.

swissinfo: Vous avez été l’entraîneur de Marc Rosset durant onze ans. Que retenez-vous de cette expérience?

S.O.: Cette expérience est assez unique car il y a peu de couples, tel que le nôtre, qui ont duré aussi longtemps. J’ai suivi toute l’évolution de la carrière de Marc depuis son premier classement ATP jusqu’à la neuvième place mondiale.

Parallèlement, j’ai été le capitaine de l’équipe de Suisse de Coupe Davis. Ce que vit Marc actuellement, car c’est désormais lui le maître à bord.

Je pense qu’il est l’homme de la situation et il a la chance d’avoir à sa disposition un joueur de la trempe de Roger Federer. Dans les années à venir, la Suisse peut espérer remporter la Coupe Davis.

swissinfo: Même si vous n’êtes plus aussi impliqué que lorsque vous étiez directeur de Swiss Tennis, vous gardez un œil critique sur l’évolution de ce sport… Quelle est votre analyse?

S.O.: Lorsque l’on prend du recul et que l’on quitte une activité, il est plus facile de se rendre compte des choses que l’on a bien faites et des erreurs que l’on a commises.

A l’heure actuelle, et sans vouloir critiquer le travail du staff en place à la Fédération, j’ai le sentiment qu’il manque un leader, une personnalité qui impose le respect, de par son passé, sa personnalité ou son bagage technique.

Par conséquent, j’ai du mal à voir comment elle peut canaliser l’énergie des athlètes et des entraîneurs autour d’un projet rassembleur. Sur ce point en particulier, le fait que beaucoup d’instructeurs quittent le Centre national de Bienne est révélateur.

Il est important de faire rêver les jeunes. De leur offrir le meilleur encadrement possible car, de nos jours, il est de plus en plus difficile de percer.

swissinfo: Vous avez pu constater par vous-même qu’il n’était pas si simple de mettre sur pied des projets d’envergure?

S.O.: Lorsque l’on accepte un poste à responsabilités comme je l’ai fait durant trois ans, il est obligatoire de prendre des décisions qui fâchent. Ma priorité a toujours été de mettre en place une structure qui permette au tennis suisse d’évoluer.

Mais cela n’est possible que lorsqu’on a une politique et une ligne de conduite cohérente à long terme. Et pas en changeant tous les six mois de politique au nom du sacro-saint compromis.

C’est peut-être égoïste, mais je pense qu’il serait nécessaire aujourd’hui de «sacrifier» la génération actuelle afin de donner un maximum de chances de réussite à la suivante.

J’ai conscience que Stanislas Wawrinka et Timea Bacsinszki, par exemple, sont des joueurs très intéressants et que la Fédération doit les soutenir comme elle l’a fait avec Roger Federer

Mais il faut garder à l’esprit que le rôle premier d’une Fédération est la formation à long terme. Il faut regarder plus loin que demain. Pour les dix à quinze ans à venir…

On a eu de la chance jusqu’ici d’avoir eu Martina Hingis, Marc Rosset, Jakob Hlasek et désormais Roger Federer, qui sont arrivés sur le circuit dans des circonstances diverses.

Selon moi, un pays comme la Suisse devrait posséder cinq joueurs parmi les cinquante meilleurs mondiaux, et ce aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

swissinfo: Mais rassurez-nous… Les exploits de Roger Federer et sa victoire à Wimbledon suscitent l’engouement de la base?

S.O.: Lorsque Martina Hingis a explosé et a atteint le sommet du niveau mondial, il n’y a pas eu le boum tennistique escompté parmi la population, contrairement à ce qui s’est produit en Allemagne avec Steffi Graf ou Boris Becker.

Aujourd’hui, la Fédération a la chance d’avoir comme moteur un joueur extraordinaire et charismatique comme Roger Federer. Elle doit utiliser au mieux son image pour donner envie aux jeunes de jouer.

Bien sûr, une fédération nationale se doit d’avoir des victoires, mais son premier rôle est de promouvoir son sport. En Suisse, c’est bien d’avoir 50’000 licenciés et près de 300’000 personnes qui jouent régulièrement.

Si demain il y a avait 200’000 licenciés et 600’000 pratiquants, la Fédération pourrait se dire qu’elle a fait du bon travail. Comment faire? En développant de bons joueurs et de bonnes joueuses… Mais il faut s’en donner les moyens.

Interview swissinfo: Mathias Froidevaux

Stéphane Oberer a été l’entraîneur de Marc Rosset durant 11 ans.
Le Genevois d’adoption a occupé le poste de capitaine de l’équipe de Suisse de Coupe Davis de 1993 à 1998.
Il a également été le directeur technique de Swiss Tennis de 1999 à 2001 après avoir été consultant auprès du département technique de 1996 à 1999.
Stéphane Oberer a changé d’orientation professionnelle le 1er janvier 2002 en rejoignant une banque privée genevoise.
Son dernier lien avec le tennis reste le camp pour jeune – Stéphane Oberer Tennis Camp – qu’il organise chaque été depuis dix ans et où il a déjà accueilli plus de 3000 enfants du monde entier.

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