La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Justice: l’arroseur arrosé

Le procureur Bernard Bertossa prononce l'un de ses derniers réquisitoires. Dans une affaire de maîtres chanteurs qui empoisonne la justice genevoise depuis 1994.

Cette histoire aurait pu s’intituler l’arroseur arrosé ou Laurent, Nessim, Pierre et les autres.

Laurent, prénom de Kasper-Ansermet, est procureur à l’époque des faits. Il soupçonne l’empire du milliardaire Nessim Gaon de surendettement.

Pierre C., lui, est un expert mandaté par le procureur pour enquêter sur la situation financière de Nessim Gaon, propriétaire du Noga Hilton.

Pierre C. demande à l’un de ses amis, Gérard W., un agent immobilier vaudois, impliqué dans de nombreux scandales, de l’aider à mener des investigations sur les sociétés de Nessim Gaon.

En fait, les deux hommes vont tenter de faire chanter l’homme d’affaires. En lui réclamant deux millions de francs.

Arrêtés en 1997, les deux maîtres chanteurs font des aveux complets. Dans le procès verbal d’audience, Pierre C. parle d’«un échange d’informations accompagné d’un adoucissement du rapport d’expertise contre une certaine somme d’argent».

Puis l’expert modifie totalement son témoignage. Il affirme alors qu’il ne s’agit pas d’un chantage, mais d’un piège tendu à Nessim Gaon.

Pire, cette manœuvre aurait été mise en route avec la complicité de… Laurent Kasper-Ansermet en personne. Un ancien journaliste, Pascal A., puis son épouse, vont tour à tour appuyer le témoignage de l’expert, avant de se rétracter partiellement.

Trois heures d’audition

En 1999, les députés du Grand Conseil genevois refusent d’appuyer la requête de la Chambre d’accusation réclamant la levée de l’immunité du magistrat Kasper-Ansermet. Plus tard, en 2001, Bernard Bertossa, procureur général, décide de classer le dossier.

Mais, à la suite d’un recours, l’affaire rebondit inopinément. Et, presque huit ans après les faits, elle est finalement jugée au Tribunal de police de Genève.

Pierre C, qui est jugé pour tentative de corruption, répète que Laurent Kasper-Ansermet était bel bien au courant du piège tendu à Nessim Gaon.

Il reste à savoir quelle sera la position de son complice, Gérard W., qui s’est toujours gardé de charger le magistrat. Du moins jusqu’à présent.

Laurent Kasper-Ansermet a toujours nié être au courant des agissements de son expert. Il a été entendu pendant trois heures lundi après-midi.

Le procès doit durer trois jours. Pour le procureur Bernard Bertossa, c’est l’occasion de prononcer l’un de ses derniers réquisitoires, avant sa retraite, à la fin du mois.

swissinfo/Ian Hamel

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision