L’avenir de Sulzer dans les mains de la justice américaine
Les autorités vont se prononcer cette semaine sur l'accord global proposé par Sulzer aux victimes de ses prothèses défectueuses.
Kathleen O’Malley, la juge fédérale en charge du dossier des prothèses défectueuses de hanche et de genou, entame lundi à Cleveland, dans l’Ohio, une audience finale sur l’accord global proposé par le groupe de Winterthour.
La plupart des observateurs s’attendent à ce que la magistrate donne son feu vert au plan d’indemnisation élaboré par le géant de l’équipement médical, un plan d’un montant d’environ un milliard de dollars.
Un accord plus juste globalement
«Tout porte à croire que la proposition de Sulzer satisfait la majorité des plaignants et la majorité de leurs avocats», déclare ainsi à swissinfo David Riggs, un avocat de Tulsa, en Oklahoma.
«Et puis, la juge a toujours été favorable à un accord global qui, par principe, apparaît plus juste envers les victimes. Selon elle, des ententes séparées peuvent varier grandement d’une victime à l’autre», explique encore David Riggs qui représente 15 personnes ayant reçu une prothèse défectueuse.
Du coup, les marchés financiers semblent parier sur le groupe de Winterthour. L’action Sulzer Medica a notamment gagné plusieurs points à la bourse de Zurich.
La société entretient, elle aussi, l’optimisme ambiant puisqu’il y a quelques semaines, une porte-parole prédisait que «90 à 100% des patients devraient adhérer à l’offre de Sulzer».
La plupart des avocats américains impliqués dans l’affaire estiment que l’audience finale pourrait durer environ deux jours et que la décision de la magistrate pourrait intervenir en fin de semaine.
Néanmoins, si le verdict de la juge est crucial, il ne conduira pas nécessairement à une résolution du contentieux. «L’audience finale est importante, mais la période qui suivra sera plus importante encore», prévient ainsi Patrick Laager, de la Banque Sarasin.
Cinq jours décisifs
En effet, les plaignants auront cinq jours ouvrables après la décision de Madame O’Malley pour accepter l’accord global et empocher environ 200 000 dollars chacun, ou bien pour renoncer à l’accord global et lancer des poursuites individuelles dans l’espoir d’obtenir d’un jury populaire une indemnisation plus élevée.
Par ailleurs, l’avocat David Riggs indique que certaines victimes ont l’intention de faire appel de la décision de la magistrate, ce qui pourrait retarder l’application de l’accord global de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois.
A cet égard, les victimes qui ont le plus de doutes à propos de l’offre de Sulzer sont celles qui souffrent le plus du problème de prothèse.
L’avocat de Tulsa mentionne notamment le cas de l’un de ses clients, un homme d’une cinquantaine d’années qui, non seulement, a dû être réopéré à la suite de la découverte de résidus de lubrifiant sur sa prothèse de hanche, mais qui a aussi reçu en remplacement une prothèse défectueuse qui avait été mal réparée par Sulzer.
D’importantes pertes financières
«Cet homme fait partie des victimes qui pensent qu’un jury leur accordera une indemnisation beaucoup plus substantielle que celle prévue par l’offre de Sulzer», souligne David Riggs.
En attendant le dénouement du litige, le groupe suisse préfère s’abstenir de communiquer ses prévisions de chiffre d’affaires pour cette année. Il a déjà enregistré des pertes financières de plus d’un milliard de dollars l’an passé en raison de ses problèmes aux Etats-Unis.
Au dernier décompte, effectué le mois dernier, près de 3500 personnes ont dû être réopérées aux Etats-Unis, soit du genou, soit de la hanche, en raison de la présence de résidus d’huile qui empêchent l’adhésion des prothèses sur les os des patients.
Les parties conviennent que le nombre des réopérés va continuer d’augmenter. Il pourrait même, au bout du compte, s’élever à 4000.
swissinfo/Marie-Christine Bonzom à Washington
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